La Turquie envisage un nouveau régulateur numérique pour les réseaux sociaux, invoquant la protection de la jeunesse et la lutte contre le crime
Le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir en Turquie envisage la création d’un nouvel organe de régulation pour superviser les plateformes sociales, présentant cette initiative comme un moyen de protéger les jeunes contre la violence en ligne, la drogue et les réseaux criminels.
Cette proposition a été discutée lors d’une réunion du Conseil central de décision et d’exécution (MKYK) du parti, selon un rapport publié jeudi par le journal pro-gouvernemental Türkiye.
La ministre de la Famille et des Services sociaux Mahinur Özdemir Göktaş a présenté aux hauts responsables du parti les effets néfastes des plateformes numériques sur la jeunesse.
Elle a affirmé que la réglementation actuelle en Turquie était insuffisante et que l’inaction n’était « pas une option », rapporte le journal.
Certains membres du MKYK ont suggéré de créer une structure similaire au Conseil supérieur de la radio et de la télévision (RTÜK), mais spécifiquement dédiée aux réseaux sociaux et plateformes numériques.
Les partisans du projet estiment que ce nouvel organe pourrait servir d’autorité de contrôle pour les « médias numériques » et aider à combattre des contenus qu’ils jugent nocifs pour les enfants et menaçants pour les valeurs sociales.
La Turquie a déjà instauré des régulations drastiques sur internet cette dernière décennie, accordant aux autorités des pouvoirs étendus pour exiger des suppressions de contenus, restreindre l’accès et obliger les réseaux sociaux à nommer des représentants légaux dans le pays.
Les défenseurs de la liberté de la presse alertent cependant depuis longtemps que ces mesures servent souvent moins à lutter contre le crime ou protéger les mineurs qu’à renforcer le contrôle gouvernemental sur la parole en ligne.
Les réseaux sociaux restent l’un des rares espaces où les voix oppositionnelles peuvent encore toucher un large public dans un pays où 90% des médias sont contrôlés par l’État, selon Reporters sans frontières (RSF).
Le RTÜK, cité comme modèle potentiel pour ce nouveau régulateur, est lui-même critiqué par l’opposition et les organisations internationales, qui l’accusent d’imposer des amendes et interdictions politiques aux médias indépendants tout en épargnant largement les outlets pro-gouvernementaux.
Lors de la réunion, des responsables du parti ont déploré que les obligations déjà imposées à TikTok, Instagram, YouTube et X n’aient pas donné de résultats tangibles, les contenus violents, sexuels ou liés à la drogue restant facilement accessibles aux mineurs.
Les discussions ont aussi porté sur le meurtre d’Atlas Çağlayan, 17 ans, poignardé à mort par un adolescent de 15 ans à Istanbul ce mois-ci – un incident perçu par les autorités comme symptomatique de la montée de la violence juvénile et de l’influence des espaces numériques.
Le président Recep Tayyip Erdoğan a déclaré que son gouvernement menait une revue exhaustive du dispositif et que des mesures seraient prises pour durcir les peines et renforcer les mesures préventives.
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Le projet n’a pas été formalisé dans un texte législatif officiel ni assorti d’un calendrier précis pour l’établissement de cette nouvelle autorité.
Les observateurs internationaux classent la Turquie parmi les environnements les plus répressifs>
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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