La Turquie en tête des pertes de terres liées à la construction en Europe
La Turquie a perdu plus de terres au profit de la construction que tout autre pays européen au cours des six dernières années, selon un nouveau rapport de la Fondation Heinrich Böll.
L’Atlas des Sols 2025-Turquie identifie également les décharges sauvages, l’utilisation excessive de pesticides et l’urbanisation rapide comme des contributeurs majeurs à la contamination généralisée des sols.
Entre 2018 et 2024, les activités de construction ont consommé 1 860 kilomètres carrés de terres en Turquie, soit près du double du chiffre de la Pologne, qui arrive en deuxième position. À Istanbul seulement, 178 kilomètres carrés de terres précédemment perméables sont devenus des surfaces imperméables entre 2006 et 2021, ce qui équivaut à environ 36 000 terrains de football. L’expansion des surfaces imperméables a augmenté à un rythme deux fois supérieur à celui de la croissance démographique, selon le rapport.
Lorsque le sol est recouvert de béton ou d’asphalte, il perd sa capacité à absorber l’eau, ce qui augmente le risque d’inondation et permet aux polluants de se propager sur des zones plus vastes par ruissellement de surface, indique le rapport.
L’atlas, publié en décembre 2025, identifie les déchets ménagers non contrôlés comme le principal contributeur à la pollution des sols, représentant 26,9 % de la contamination totale. Les décharges sauvages arrivent en deuxième position avec 21,8 %, les résidus industriels, les débris et les déchets liquides étant souvent éliminés dans les terres agricoles, les lits de rivières ou les zones abandonnées.
Le rapport attribue environ 11,5 % de la pollution des sols à l’utilisation excessive d’engrais. La Turquie utilise environ 2,3 millions de tonnes d’engrais chimiques chaque année. Une application inappropriée en termes de timing, de dosage et de méthode entraîne une acidification des sols, une augmentation de la salinité et une accumulation de métaux lourds. Environ 32,5 % des terres agricoles irriguées, couvrant quelque 1,5 million d’hectares, souffrent désormais de problèmes de salinité.
La contamination par les pesticides constitue une autre préoccupation. Le pays utilise environ 55 000 tonnes de pesticides chaque année, dont les résidus persistent dans le sol, migrent à travers les systèmes aquatiques et s’accumulent dans les tissus biologiques.
Le rapport cite la détection continue de dérivés du dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT) dans certaines régions, bien que cette substance ait été interdite en Turquie dans les années 1970. Cette découverte souligne les avertissements selon lesquels les pesticides actuellement utilisés pourraient présenter des risques similaires de persistance et de bioaccumulation.
Le coût environnemental correspond à la position de la Turquie dans le suivi international de la sécurité alimentaire. Les données du Système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF) de l’Union européenne, compilées par Greenpeace Turquie, ont montré que la Turquie se classait au deuxième rang des pays signalés pour des alertes liées aux pesticides sur le marché européen en 2025, avec 105 notifications. Les poivrons frais représentaient plus de la moitié des rejets aux frontières, avec huit alertes impliquant le formétanate, un pesticide hautement toxique interdit sur les poivrons en Turquie et classé par l’Organisation mondiale de la santé parmi les huit pesticides les plus dangereux.
Le directeur de Greenpeace Turquie, Berkan Özyer, a qualifié le classement de la Turquie d’alarmant et révélateur d’un échec systémique dans la gestion des pesticides, appelant à la divulgation publique des résultats des inspections.
Les déchets miniers contribuent à environ 9 % de la pollution des sols, les métaux lourds provenant des sites miniers se propageant aux zones agricoles environnantes. Les déchets d’élevage représentent 3,8 %, les déchets animaux mal gérés provenant des exploitations agricoles intensives contaminant à la fois le sol et l’eau.
Le rapport met en garde contre les risques directs pour la santé publique posés par la contamination des sols. Les produits chimiques perturbateurs endocriniens et les plastiques transportés par les sols contaminés ont été liés à des troubles de l’attention, une puberté précoce, l’obésité et des problèmes de développement chez les enfants. Chez les adultes, les conditions associées incluent des troubles thyroïdiens, le diabète, l’infertilité et certains cancers.
L’érosion aggrave le problème, la Turquie perdant environ 642 millions de tonnes de sol chaque année. Environ 59 % de la superficie du pays est exposée à un risque d’érosion, tandis que 25,5 % sont classés comme présentant un risque élevé de désertification. Environ 150 millions de tonnes de sol érodé finissent dans les réservoirs chaque année, ce qui indique que les polluants des terres agricoles sont transportés dans les systèmes aquatiques.
La teneur en matière organique des sols turcs est tombée en dessous de 1 %, réduisant considérablement la capacité naturelle du sol à filtrer et à neutraliser les contaminants. Lorsque la teneur en matière organique augmente de 1 % par hectare, le sol peut retenir environ 150 000 litres d’eau supplémentaires, un seuil critique compte tenu des pressions du changement climatique, selon l’atlas.
Le rapport présente les pratiques agroécologiques comme une réponse nécessaire plutôt qu’une alternative facultative. Ces approches réduisent les intrants chimiques, augmentent la matière organique et renforcent la capacité de rétention d’eau et de filtration du sol. Cependant, l’atlas indique qu’une transformation significative nécessite une intervention des politiques publiques plutôt que des efforts individuels seuls.
Les défenseurs de l’environnement ont à plusieurs reprises appelé à un contrôle plus strict de l’utilisation des produits chimiques agricoles et à une plus grande transparence dans la surveillance de la qualité des sols, avertissant que les polluants dans les sols dégradés peuvent pénétrer dans les chaînes alimentaires et les approvisionnements en eau potable.




