La Turquie demande une peine de prison pour un ancien conseiller juridique d’Erdoğan, rédacteur du code pénal
Les procureurs turcs réclament jusqu’à deux ans de prison pour l’éminent juriste İzzet Özgenç, ancien conseiller du président Recep Tayyip Erdoğan, pour des propos visant l’ex-président de la Cour de cassation Mehmet Akarca, selon le site d’information Medyascope ce lundi.
Le procureur général d’Ankara accuse Özgenç d’avoir insulté publiquement un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, citant 12 publications partagées en 2023 sur le réseau social X ayant porté atteinte à l’honneur et à la réputation d’Akarca.
Les procureurs demandent une peine d’un à deux ans d’emprisonnement.
Özgenç, professeur de droit pénal ayant contribué à la rédaction du code pénal turc entré en vigueur en 2005, a rejeté les accusations.
Dans sa déclaration aux procureurs, il a soutenu que ses remarques ne constituaient pas une infraction pénale, soulignant que le rôle du président de la Cour de cassation est administratif plutôt que judiciaire.
Dans ses publications, Özgenç a vivement critiqué Akarca, l’accusant d’avoir échoué à défendre la crédibilité de la justice turque et d’être resté silencieux face à des décisions controversées.
Dans un post, Özgenç a décrit Akarca comme « une personne assise sur le siège de la présidence de la Cour de cassation qui ne sert qu’à faire office de « salière ». »
L’expression « salière » est utilisée en turc pour suggérer qu’une personne est inefficace, passive ou purement symbolique dans son rôle.
Il a également estimé que les hauts responsables judiciaires devraient démissionner même en cas d’allégations de liens inappropriés.
Akarca, qui a présidé la Cour de cassation entre 2020 et 2024, est actuellement le médiateur principal de la Turquie.
Ces remarques font référence à une crise judiciaire survenue en 2023 entre les plus hautes juridictions turques – la Cour constitutionnelle et la Cour de cassation. Le conflit a éclaté lorsque la Cour de cassation a refusé d’appliquer un arrêt de la Cour constitutionnelle reconnaissant une violation des droits dans le cas d’un député emprisonné, arguant que la haute cour avait excédé son autorité.
Dans un geste sans précédent, la Cour de cassation a également déposé une plainte pénale contre des membres de la Cour constitutionnelle, approfondissant le fossé institutionnel. L’affrontement a ensuite impliqué le Parlement turc, avec des décisions alimentant le débat sur la séparation des pouvoirs et la force contraignante des arrêts de la Cour constitutionnelle.
Cet épisode a été largement décrit par les experts juridiques et les commentateurs comme une crise dépassant le cadre judiciaire pour devenir un conflit institutionnel plus large.
Les plaintes déposées par la Cour de cassation contre les membres de la Cour constitutionnelle n’ont donné lieu à aucune poursuite connue.
Dans le cadre juridique turc, les juges de la Cour constitutionnelle bénéficient de garanties judiciaires solides et ne peuvent être facilement inquiétés pour leurs décisions sans suivre des procédures constitutionnelles spécifiques.
En conséquence, les plaintes sont restées largement symboliques et n’ont pas débouché sur un processus judiciaire visible. L’épisode a plutôt renforcé les inquiétudes concernant les conflits institutionnels et la séparation des pouvoirs, alimentant la perception d’une crise plus profonde au sein de l’appareil étatique.
Soulignant les circonstances de l’ouverture de l’enquête, Özgenç a affirmé que celle-ci n’aurait dû être engagée que si Akarca avait déposé une plainte personnelle.
Il a précisé que la plainte avait été déposée au nom de la présidence de la Cour de cassation et ne portait pas la signature d’Akarca.
Dans un post sur X après la médiatisation de l’affaire, Özgenç a déclaré être poursuivi pour avoir utilisé un terme péjoratif à l’encontre d’Akarca dans le contexte de ce qu’il a qualifié de « crise judiciaire » en cours.
Özgenç est un universitaire renommé et une voix influente dans les débats juridiques en Turquie, commentant régulièrement les décisions judiciaires et les conflits institutionnels.
Ces dernières années, il s’est plaint que les notes juridiques qu’il préparait pour le président Erdoğan ne lui parvenaient plus. Il a depuis utilisé la plateforme X pour publier des lettres ouvertes directement adressées à Erdoğan, dans lesquelles il analyse et commente l’actualité juridique.
L’inculpation d’Özgenç intervient dans un contexte de préoccupations croissantes concernant l’État de droit en Turquie.
La Turquie s’est classée 118e sur 143 pays dans l’indice 2025 de l’État de droit publié par le World Justice Project, la plaçant parmi les derniers au niveau mondial et dans sa région.
Le pays a connu un déclin marqué de l’État de droit au cours de la dernière décennie, chutant de la 80e place en 2015 de près de 40 positions.
Cette chute s’est accélérée après la tentative de coup d’État de juillet 2016, suivie de purges massives dans les institutions publiques, y compris la justice, et de restrictions généralisées, faisant perdre à la Turquie 19 places en une seule année.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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