La Turquie bloque les comptes X d’un journaliste, d’un commentateur et d’une agence de presse kurde
Les points importants
- Ciblage accru des médias : Les comptes X d’un journaliste, d’un commentateur et d’une agence de presse kurde sont bloqués en Turquie pour des raisons de sécurité nationale et d’ordre public.
- Répétition des restrictions : L’agence Mezopotamya, déjà victime de 52 blocages de noms de domaine entre 2015 et 2025, subit une nouvelle censure, illustrant une pratique systématique.
- Vide juridique persistant : La procédure de blocage, basée sur l’article 8/A, a été critiquée par la Cour constitutionnelle turque pour son atteinte à la liberté d’expression et de la presse.
Les autorités turques ont bloqué l’accès aux comptes X du journaliste Fırat Fıstık, du commentateur sur les réseaux sociaux Nasuh Bektaş et de l’agence de presse kurde Mezopotamya (MA), invoquant la sécurité nationale et l’ordre public, selon un groupe de surveillance de la censure sur Internet en Turquie.
Le projet EngelliWeb de l’Association pour la liberté d’expression (IFÖD) a indiqué en ligne que ces restrictions étaient imposées en vertu de l’article 8/A de la loi turque n° 5651, qui réglemente le contenu en ligne. Ni cette annonce ni d’autres rapports publics n’ont identifié les publications ou autres éléments à l’origine de ces restrictions.
Le site d’information T24 a ensuite rapporté que les trois comptes avaient été rendus invisibles en Turquie par X.
Cette action constitue la dernière restriction en date visant l’agence Mezopotamya, dont les sites web et les comptes sur les réseaux sociaux ont été bloqués à plusieurs reprises en Turquie. EngelliWeb a indiqué que 52 noms de domaine différents utilisés par l’agence avaient été bloqués entre 2015 et 2025, celle-ci déplaçant constamment son site vers de nouvelles adresses après les restrictions précédentes.
Fıstık est reporter et animateur pour la chaîne d’information indépendante Medyascope et travaille comme journaliste depuis 2013. Bektaş, qui publie régulièrement des commentaires et des reportages sur des événements culturels, a déclaré ne pas exercer professionnellement le journalisme ni entretenir d’affiliation professionnelle avec la presse.
L’article 8/A permet aux autorités turques d’ordonner le retrait ou le blocage de contenus en ligne pour des motifs tels que la sécurité nationale et la protection de l’ordre public. Des juges de paix pénaux peuvent émettre de telles ordonnances, tandis qu’en cas d’urgence, le régulateur des télécommunications turc peut imposer des restrictions à la demande d’autorités gouvernementales désignées, sous réserve d’un contrôle judiciaire ultérieur.
Les rapports publics sur les dernières restrictions n’ont pas précisé laquelle de ces procédures avait été utilisée, ni identifié le tribunal, l’organisme gouvernemental ou la décision réglementaire à l’origine de cette action.
MA, qui couvre la politique kurde, les questions de droits et les développements dans le sud-est majoritairement kurde de la Turquie, a fait face à plusieurs restrictions similaires cette année. L’agence a indiqué en février que ses comptes X en turc, kurde et anglais avaient été bloqués quatre fois au cours du mois précédent par l’Autorité des technologies de l’information et de la communication (BTK) de Turquie.
Les restrictions répétées ne se limitent pas à MA. Le rapport annuel 2025 d’EngelliWeb a documenté le blocage de sites web entiers et de comptes sur les réseaux sociaux appartenant à des organisations de presse et à des journalistes en vertu de l’article 8/A pour des motifs de sécurité nationale et d’ordre public. Le rapport indique que cette pratique incluait des restrictions généralisées sur les comptes de réseaux sociaux de plusieurs médias indépendants.
La Cour constitutionnelle turque a déjà relevé des problèmes liés à l’utilisation de l’article 8/A. Dans une affaire concernant le média Artı Gerçek, la cour a jugé qu’une ordonnance de blocage d’accès violait la liberté d’expression et la liberté de la presse, et a soulevé des inquiétudes quant aux garanties offertes aux éditeurs affectés par cette procédure.
Cet article est republié depuis le Stockholm Center for Freedom.




