La Turquie arrête des dizaines de personnes dans une vaste opération visant des groupes de gauche
La police turque a lancé une vaste opération visant des groupes de gauche à Istanbul et dans plusieurs autres provinces, émettant des mandats d’arrêt contre 110 personnes, dont des politiciens et des journalistes, selon le bureau du procureur général d’Istanbul.
Le parquet a déclaré dans un communiqué mardi que les personnes recherchées étaient liées à divers organisations socialistes et communistes, notamment la Fédération des associations de jeunesse socialiste (SGDF), les Assemblées des femmes socialistes (SKM), l’Association des jeunes femmes Kaktüs, l’Organisation de la jeunesse communiste (KGÖ), l’Organisation des femmes communistes (KKÖ), l’agence de presse Etkin (ETHA), l’Union des lycéens (LÖB), la fondation culturelle BEKSAV et le Bureau juridique des opprimés (EHB).
Le parquet a déclaré que l’enquête visait à démanteler le Parti communiste marxiste-léniniste (MLKP), interdit et classé comme « organisation terroriste » par la Turquie.
Le ministre de l’Intérieur Ali Yerlikaya a déclaré dans un communiqué sur X que les opérations avaient été menées à Istanbul et dans 22 autres provinces, ajoutant que 96 suspects avaient été arrêtés jusqu’à présent.
Le Parti démocratique des peuples (DEM), pro-kurde, a condamné ces arrestations, affirmant que les raids policiers avaient ciblé plusieurs institutions, dont le Parti socialiste des opprimés (ESP), un petit parti de gauche, ainsi que des syndicats et des groupes de la société civile.
Parmi les personnes arrêtées figurent l’ancien député et co-président de l’ESP Murat Çepni, ainsi que les journalistes de l’ETHA Nadiye Gürbüz, Pınar Gayıp, Elif Bayburt, Müslüm Koyun et Züleyha Müldür, ainsi que des écologistes et des syndicalistes.
L’enquête repose sur des témoignages, du matériel numérique saisi lors d’opérations antérieures, des rapports du Conseil d’enquête sur les crimes financiers (MASAK) et des données provenant de réunions en ligne tenues via Google Meet.
La police aurait forcé l’entrée des bureaux des organisations lors des raids et saisi du matériel technique. Les autorités ont également imposé une restriction de 24 heures sur l’accès des détenus à un avocat.

Le Parti DEM a qualifié cette opération de partie intégrante d’une politique gouvernementale inacceptable visant à utiliser la justice pour réprimer les socialistes et les voix d’opposition, appelant à la libération immédiate des personnes arrêtées.
Le Parti DEM a également exhorté les autorités à mettre fin aux arrestations qu’il lie aux récentes manifestations contre les opérations militaires du gouvernement syrien dans le Rojava, la région kurde du nord de la Syrie.
Ces arrestations interviennent dans un contexte de regain de violence dans le nord-est de la Syrie. Les forces gouvernementales syriennes ont lancé une opération le 6 janvier qui a pénétré dans des zones longtemps tenues par les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes, déclenchant des semaines d’affrontements.
En réponse, des manifestations ont récemment éclaté dans le sud-est majoritairement kurde de la Turquie. La colère a grandi alors que le gouvernement syrien poursuivait son offensive contre les forces kurdes, augmentant les tensions dans plusieurs villes à la frontière turco-syrienne.
Le 30 janvier, le gouvernement syrien et les forces kurdes ont conclu un accord plus large pour intégrer progressivement les institutions militaires et civiles kurdes dans l’État, un développement qui semble avoir apaisé quelque peu les tensions après des semaines de violence.
La Turquie, principal soutien étranger des autorités transitionnelles syriennes depuis la chute du gouvernement de Bachar al-Assad en décembre 2024, a ouvertement soutenu la volonté de Damas de démanteler l’autonomie kurde le long de sa frontière. Ankara considère les FDS comme une extension du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), interdit et désigné comme « organisation terroriste ».
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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