La Turquie adopte une amnistie fiscale et une exonération d’impôt sur le revenu étranger pendant 20 ans pour les nouveaux résidents
Le parlement turc a approuvé un paquet fiscal créant une nouvelle amnistie pour la répatriation d’actifs et accordant une exonération d’impôt sur le revenu étranger pendant 20 ans à certaines personnes devenant résidentes fiscales en Turquie.
Ce paquet modifie plusieurs lois fiscales et d’investissement. Il inclut des incitations pour le Centre Financier d’Istanbul, des réductions d’impôt sur les sociétés pour les exportateurs, de nouveaux avantages pour les centres de services multinationaux et des délais de paiement prolongés pour certaines dettes publiques.
La mesure contient deux volets distincts regroupés dans les médias turcs sous le terme « amnistie fiscale ».
Le premier concerne une déclaration d’actifs pour l’argent, l’or, les devises étrangères, les titres et autres instruments du marché des capitaux détenus à l’étranger ou en Turquie hors des livres comptables.
Le second est un nouveau régime de résidence fiscale exemptant de l’impôt sur le revenu turc pendant 20 ans les revenus étrangers des personnes éligibles transférant leur résidence fiscale en Turquie.
Selon ce régime, les personnes considérées comme résidentes en Turquie à partir du 1er janvier 2026 seront exonérées de l’impôt sur les revenus générés hors de Turquie si elles n’avaient ni domicile ni obligation fiscale en Turquie pendant les trois années civiles précédentes.
Cette exonération ne s’applique pas aux revenus d’origine turque, qui restent soumis aux règles fiscales normales.
Les revenus étrangers couverts par l’exonération n’auront pas à être déclarés dans la déclaration annuelle de revenus. Si la personne déclare d’autres revenus, les revenus étrangers exonérés ne seront pas inclus.
La loi précise également qu’avoir eu une obligation fiscale turque uniquement en raison de revenus immobiliers, de revenus d’investissement ou de plus-values en Turquie n’empêchera pas une personne de bénéficier de l’exonération de 20 ans.
Les coûts et dépenses liés aux revenus étrangers exonérés ne peuvent pas être déduits des revenus imposables en Turquie. Les impôts payés à l’étranger sur ces revenus exonérés ne peuvent pas non plus être crédités contre l’impôt sur le revenu turc.
Les conseillers fiscaux comparent cette mesure aux régimes utilisés par certains pays pour attirer les personnes fortunées et les capitaux mobiles à l’échelle mondiale. La version turque est plus longue que de nombreux régimes européens comparables et ne fixe pas de montant forfaitaire annuel dans la loi.
Le paquet introduit également une amnistie fiscale plus traditionnelle.
Les particuliers et les entreprises pourront déclarer des actifs détenus à l’étranger, y compris de l’argent, de l’or, des devises étrangères, des titres et d’autres instruments du marché des capitaux, par l’intermédiaire de banques ou de sociétés de courtage jusqu’au 31 juillet 2027.
Les actifs déclarés à l’étranger doivent être transférés vers des comptes bancaires ou de courtage en Turquie dans un délai de deux mois après la déclaration. Les actifs physiquement importés en Turquie doivent être documentés par des déclarations en douane.
Ce régime couvre également l’argent, l’or, les devises étrangères, les titres et autres instruments du marché des capitaux détenus en Turquie par des contribuables mais non enregistrés dans leurs livres comptables.
Le taux d’imposition de base sur les actifs déclarés est de 5 %. Ce taux diminue en fonction de la durée de conservation des actifs dans des instruments éligibles en Turquie.
Le taux est de 0 % si les actifs sont conservés pendant au moins cinq ans dans des instruments éligibles. Il est de 1 % pour une conservation d’au moins quatre ans, 2 % pour trois ans, 3 % pour deux ans et 4 % pour un an.
Les instruments éligibles comprennent les comptes à terme, les titres de dette publique, les certificats de location et, selon les amendements finaux, les fonds d’investissement en capital-risque.
Les déclarations faites entre le 1er janvier 2027 et le 31 juillet 2027 seront soumises à une taxe supplémentaire d’un demi-point. Si le président prolonge la période de déclaration, les déclarations ultérieures seront soumises à une augmentation totale de 1 point de pourcentage.
La loi protège des inspections fiscales et des redressements pour les actifs déclarés si les conditions sont remplies. Elle précise également que les mesures requises par d’autres législations ne seront pas affectées.
Cette formulation signifie que l’amnistie ne suspend pas, en apparence, les obligations de lutte contre le blanchiment d’argent. La question clé sera de savoir comment les banques, les sociétés de courtage, les autorités douanières et le Conseil turc d’enquête sur les crimes financiers appliqueront les contrôles sur l’origine des fonds et la conformité.
Les députés de l’opposition ont critiqué cette mesure, affirmant que les amnisties fiscales répétées affaiblissent la conformité fiscale et créent un risque que des richesses d’origine obscure entrent dans le système financier avec un contrôle limité.
La nouvelle loi prolonge également la déduction fiscale de 100 % pour les institutions financières opérant dans le Centre Financier d’Istanbul jusqu’en 2047. Une exonération de cinq ans de certaines taxes sur les activités financières sera étendue à 20 ans.
Plusieurs questions doivent encore être clarifiées dans les réglementations secondaires, notamment la définition pratique des revenus étrangers, l’application de l’exonération aux personnes travaillant physiquement en Turquie pour des clients étrangers et l’interaction du nouveau régime avec les règles internationales de déclaration fiscale.
Le Parti républicain du peuple (CHP), principale formation d’opposition, a exprimé une opinion dissidente au parlement, estimant que ce projet de loi pourrait faciliter l’entrée en Turquie de gains potentiellement liés à des activités criminelles ou à des sources obscures.
La Turquie a été retirée de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) en juin 2024 après que l’organisme international de lutte contre le blanchiment a reconnu les progrès du pays contre les risques de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme.




