La population carcérale en Turquie dépasse la capacité de 116 000 détenus
La population carcérale turque a atteint 421 583 personnes au 1er juin, soit plus de 116 000 détenus au-dessus de la capacité carcérale officielle du pays, selon les données de la Direction générale des prisons et maisons de détention du ministère de la Justice.
La capacité officielle des prisons turques s’élève à 304 390 places, ce qui signifie que la population actuelle représente environ 138 % de cette capacité.
Selon les chiffres du ministère, 356 878 des personnes détenues dans les prisons sont des condamnés, tandis que 64 705 sont en détention provisoire.
Les données montrent également que 4 673 mineurs étaient détenus dans les établissements pénitentiaires turcs, soit comme prévenus soit comme condamnés, passant ainsi la fête de l’Aïd al-Adha derrière les barreaux.
Sur la population carcérale totale, 117 661 personnes sont détenues dans des prisons « ouvertes », tandis que 303 922 se trouvent dans des établissements pénitentiaires « fermés ».
Ces chiffres révèlent un problème croissant de surpopulation dans le système carcéral turc, où le nombre de détenus dépasse depuis des années la capacité officielle.
Les données ministérielles montrent également une diminution constante de l’espace disponible par détenu. La surface moyenne par prisonnier, hors salles de sport et cours de promenade, est passée de 29,2 mètres carrés en 2023 à 24,6 mètres carrés en 2024 et 24 mètres carrés en 2025.
La population carcérale turque dépasse désormais la population de 34 provinces, dont Amasya, Rize, Yalova et Artvin.
Cette surpopulation survient alors que la pression sur le système judiciaire turc ne cesse d’augmenter. Selon les données du ministère de la Justice, la durée moyenne des procès pénaux atteint 248 jours, tandis que les affaires civiles prennent en moyenne 243 jours. Le nombre de dossiers traités par chaque procureur approche également les 1 500.
Les données du Conseil de l’Europe montrent également que la Turquie ne se contente pas de dépasser la moyenne européenne mais constitue un cas à part pour plusieurs indicateurs clés. Selon le rapport SPACE I 2025, la Turquie comptait 392 456 détenus au 31 janvier 2025, le total le plus élevé parmi les 51 administrations pénitentiaires couvertes par le rapport. Son taux brut de population carcérale s’élevait à 458,1 détenus pour 100 000 habitants, également le chiffre le plus élevé du tableau et plus de quatre fois la médiane européenne de 110,1.
La Turquie a également enregistré la plus forte augmentation annuelle de son taux d’incarcération parmi les systèmes pénitentiaires répertoriés dans le rapport. De janvier 2024 à janvier 2025, le taux turc a augmenté de 29 %, devant le Monténégro à 22 %, le Luxembourg à 20 %, la Suède à 15 %, la Grèce à 14 % et la Croatie à 11 %.
La même tendance apparaît dans les chiffres ajustés du rapport, qui excluent certaines catégories de détenus pour permettre des comparaisons plus cohérentes entre pays. La population carcérale ajustée de la Turquie était de 386 271, correspondant à un taux ajusté de 450,9 détenus pour 100 000 habitants. Ces deux chiffres étaient les plus élevés du tableau, bien au-dessus de la médiane européenne ajustée de 108,0 et de la moyenne de 119,7.
Le Conseil de l’Europe a également classé la Turquie dans la catégorie « très élevée » pour la densité carcérale, un indicateur mesurant le nombre de détenus pour 100 places disponibles. La Turquie figurait également dans la catégorie « très élevée » pour le ratio détenus/personnel, un autre indicateur révélant la pression exercée sur le système pénitentiaire.
Le rapport définit la catégorie « très élevée » comme couvrant les administrations pénitentiaires dont le score dépasse de plus de 25 % la médiane européenne. Pris ensemble, ces chiffres montrent que la Turquie domine le tableau du Conseil de l’Europe pour la population carcérale totale et les taux ajustés et non ajustés, tout en figurant parmi les plus mauvais élèves en matière de densité carcérale et de pression sur le personnel.
Ce total reflète les arrestations en cours lors des manifestations contre l’emprisonnement du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, principal rival politique du président turc Recep Tayyip Erdoğan, ainsi qu’une répression continue contre le mouvement Gülen, inspiré par le regretté érudit turco-islamique Fethullah Gülen, et les personnes associées à la lutte politique kurde pour la reconnaissance.
Au cours de la dernière décennie, Gülen et son mouvement, qui avaient autrefois été salués par le gouvernement turc pour leurs activités dans l’éducation et le dialogue interreligieux et interculturel, ont fait face à diverses accusations du gouvernement, notamment d’avoir orchestré des enquêtes pour corruption en 2013 et une tentative de coup d’État en 2016.
Gülen, qui vivait aux États-Unis depuis 1999, est décédé dans un hôpital de Pennsylvanie le 20 octobre 2024, à l’âge de 83 ans.
Le gouvernement turc a qualifié Gülen et son mouvement d' »Organisation terroriste » en mai 2016.
Gülen et ses sympathisants ont fermement nié toute implication dans le coup d’État ou toute activité terroriste mais font l’objet d’une répression sévère depuis dix ans.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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