La justice turque sous tension : un rapport ministériel révèle une surcharge judiciaire record
Le système judiciaire turc a fait face à une charge de travail considérable en 2025, avec en moyenne 1 373 dossiers traités par procureur et 767 par juge, selon un rapport de performance du ministère de la Justice qui révèle les pressions croissantes sur les tribunaux du pays.
Le rapport indique que les affaires pénales ont nécessité en moyenne 248 jours pour aboutir, tandis que les affaires civiles ont duré 243 jours et les affaires administratives 172 jours, reflétant ainsi la tension qui pèse sur les tribunaux à travers le pays.
Selon les données du ministère, 18 267 juges et 8 514 procureurs étaient en fonction fin 2025, soit respectivement 21,3 juges et 9,9 procureurs pour 100 000 habitants. Le ministère précise également que 2 428 juges et procureurs ont été nommés au cours de l’année.
Le rapport souligne par ailleurs le recours croissant aux modes alternatifs de résolution des conflits visant à alléger la charge des tribunaux. Plus de 1,9 million de litiges ont été soumis à la médiation en 2025, tandis que le système de probation a traité 855 028 dossiers, selon les données.
Affaires politiques et enquêtes au long cours
Ces chiffres interviennent alors que les tribunaux turcs continuent de traiter un grand nombre d’enquêtes et de procès politiquement sensibles.
Depuis la victoire écrasante du Parti républicain du peuple (CHP) aux élections locales de mars 2024, qui a battu le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan dans les grandes villes comme Istanbul et Ankara, le parti d’opposition fait face à une vaste répression judiciaire.
Le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, considéré comme le principal rival politique d’Erdoğan, a été arrêté en mars 2025 pour des accusations de corruption que ses partisans dénoncent comme étant motivées politiquement, visant à l’écarter avant les élections générales de 2028.
Sa détention marque un tournant dans la pression exercée sur le CHP, avec un nombre croissant d’enquêtes ciblant les municipalités dirigées par l’opposition. Selon des sources oppositionnelles, 15 maires du CHP sont actuellement incarcérés, tandis que de nombreux responsables municipaux font l’objet d’enquêtes, d’arrestations ou de peines de prison.
Parallèlement, les tribunaux turcs continuent d’instruire des dossiers liés à la répression gouvernementale de longue date contre le mouvement Gülen, un groupe inspiré par les enseignements du regretté érudit islamique turc Fethullah Gülen.
Le président Erdoğan cible les sympathisants du mouvement depuis les enquêtes pour corruption de décembre 2013 qui l’avaient impliqué ainsi que certains membres de sa famille et de son cercle proche.
Qualifiant ces enquêtes de tentative de coup d’État par des sympathisants du mouvement Gülen et de complot contre son gouvernement, Erdoğan a commencé à s’en prendre aux membres du mouvement. Il l’a désigné comme une « Organisation terroriste » en mai 2016 avant d’intensifier la répression suite à une tentative de coup d’État avortée en juillet de la même année – qu’il a attribuée à Gülen. Le mouvement dément fermement toute implication dans cette tentative de putsch ou dans des activités terroristes.
Selon les derniers chiffres du ministère de la Justice, plus de 126 000 personnes ont été condamnées pour des liens présumés avec le mouvement Gülen depuis 2016, dont 11 085 sont toujours incarcérées. Les procédures judiciaires sont en cours pour plus de 24 000 individus, tandis qu’environ 58 000 autres font toujours l’objet d’enquêtes actives près d’une décennie plus tard.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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