La Cour européenne des droits de l’homme estime que la Turquie a violé le droit de quatre juges à contester leur licenciement
La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a statué mardi que la Turquie avait violé les droits de quatre hauts magistrats empêchés de contester leur licenciement anticipé suite à une réorganisation judiciaire en 2016, rapporte le Stockholm Center for Freedom.
Dans l’affaire Kaya et autres c. Turquie, la Cour basée à Strasbourg a examiné les plaintes de juges ayant siégé à la Cour de cassation et au Conseil d’État avant qu’une loi adoptée le 1er juillet 2016 ne réorganise les plus hautes juridictions du pays, mettant automatiquement fin aux mandats de tous leurs membres dans le cadre d’une réforme plus large du système judiciaire.
Cette restructuration s’inscrivait dans une vaste refonte de l’appareil judiciaire durant une période de changements institutionnels en 2016, lorsque les autorités ont instauré un système judiciaire à trois niveaux avec des cours d’appel régionales et réduit le nombre de chambres et de juges dans les deux plus hautes juridictions, exigeant de nouvelles nominations.
Les requérants ont argué qu’après la fin de leurs mandats et leur réaffectation à d’autres postes judiciaires, aucun recours effectif ne leur permettait de contester cette décision devant les tribunaux nationaux. Ils ont dénoncé l’absence de contrôle juridictionnel comme une violation de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme, garantissant le droit à un procès équitable incluant l’accès à un tribunal.
Le gouvernement turc a soutenu que cette mesure s’inscrivait dans une réforme d’ampleur visant à renforcer le système judiciaire et a argué que les voies de recours internes n’avaient pas été pleinement épuisées. La Cour européenne a rejeté ces objections, estimant que les juges s’étaient vu refuser toute possibilité effective de faire examiner leurs requêtes par un tribunal.
La Cour a conclu que l’absence de mécanisme juridictionnel pour examiner la fin des mandats des juges portait atteinte à « l’essence même » de leur droit d’accès à un tribunal, constituant ainsi une violation de l’article 6 § 1 de la Convention.
Les juges strasbourgeois ont ordonné à la Turquie de verser à chaque requérant 3 000 euros à titre de dommages et intérêts non pécuniaires, tout en rejetant les demandes d’indemnisation supplémentaires.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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