La Cour européenne condamne la Turquie pour la détention de deux politiciennes kurdes
La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a statué que la Turquie avait violé les droits des politiciennes kurdes Gültan Kışanak et Sebahat Tuncel lors de leur détention provisoire en 2016 pour des accusations liées au terrorisme, estimant que les procureurs n’avaient pas établi de soupçons raisonnables ni fourni de motifs suffisants pour les maintenir en détention.
Dans un arrêt rendu public mardi, près de neuf ans après que les deux femmes aient déposé leurs requêtes, la cour de Strasbourg a également estimé que la détention de Tuncel poursuivait un but inavoué, affirmant qu’elle visait à étouffer l’opposition et à restreindre la liberté de débat politique.
Kışanak, ancienne coprésidente du Parti de la paix et de la démocratie (BDP) pro-kurde, ancienne députée et ancienne maire de la province de Diyarbakır, et Tuncel, ancienne coprésidente du Parti démocratique des peuples (HDP) et ancienne députée, avaient été arrêtées en 2016 dans le cadre d’une procédure liée à l’affaire de Kobani.
Cette affaire concerne les poursuites contre des politiciens kurdes pour des manifestations survenues en Turquie en 2014 après le siège de la ville kurde syrienne de Kobani par les militants de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Les procureurs turcs avaient accusé des figures du HDP d’avoir incité à la violence par des déclarations politiques et des publications sur les réseaux sociaux, tandis que les accusés, parmi lesquels figure également le politicien kurde de premier plan Selahattin Demirtaş, affirmaient que l’affaire était politiquement motivée.
Un comité de trois juges de la CEDH a constaté des violations des articles 5 et 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui protègent le droit à la liberté et à la sécurité et exigent que la détention soit fondée sur des soupçons raisonnables et étayée par des justifications suffisantes.
La cour a également jugé que la Turquie avait violé l’article 10 de la convention, qui protège la liberté d’expression, estimant que les discours et activités politiques des requérantes ne justifiaient pas leur détention.
Dans le cas de Tuncel, la cour a en outre constaté une violation de l’article 18, qui interdit les restrictions aux droits pour des motifs autres que ceux prévus par la convention.
La cour a déclaré que la détention de Tuncel avait été utilisée pour étouffer le pluralisme et limiter la liberté de débat politique.
La CEDH a accordé à chaque requérante 16 000 euros à titre de dommages et intérêts non pécuniaires.
La cour a rejeté l’argument du gouvernement turc selon lequel la détention des deux politiciennes était justifiée par des soupçons d’appartenance à une organisation terroriste armée.
La cour de Strasbourg a déclaré que les procureurs et les tribunaux turcs n’avaient pas présenté de preuves concrètes montrant que le Congrès de la société démocratique (DTK), une plateforme de la société civile pro-kurde citée dans le dossier, s’était livré à des activités criminelles.
La cour a également estimé que les discours reprochés à Kışanak et Tuncel étaient de nature politique et n’incitaient pas à la violence.
Kışanak et Tuncel ont été condamnées le 16 mai 2024 à 12 ans de prison chacune pour appartenance à une organisation terroriste armée. Le tribunal qui les a condamnées a ordonné leur libération, tenant compte de la peine déjà purgée.
Le procès de Kobani a été largement critiqué par les politiciens de l’opposition et les groupes de défense des droits comme faisant partie d’une répression plus large contre le mouvement politique kurde et les élus du HDP. Le gouvernement turc nie que les poursuites soient politiquement motivées et affirme que la justice agit de manière indépendante.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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