La confiance du public est faible dans le processus de paix renouvelé avec le PKK en Turquie alors que les attentes s’estompent : sondage
Un nouveau sondage national montre une confiance limitée du public dans le dialogue renouvelé de la Turquie avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), interdit, avec seulement 21,8 % des répondants affirmant croire à une issue positive et près de la moitié exprimant peu ou pas de confiance dans cette initiative, selon le journal pro-kurde basé en Allemagne Yeni Özgür Politika.
Le processus fait référence à une nouvelle initiative soutenue par le gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP) et son allié nationaliste, le leader du Parti d’action nationaliste (MHP) d’extrême droite Devlet Bahçeli, visant à mettre fin à la campagne armée du PKK contre la Turquie depuis quatre décennies à travers une série d’étapes incluant le dépôt des armes par le groupe, des arrangements juridiques possibles et un cadre politique plus large impliquant le parlement.
L’enquête, menée par le SAMER Field Research Center entre le 7 et le 10 mai auprès de 1 995 répondants dans 18 provinces, a mesuré les attitudes du public envers ce processus en cours depuis octobre 2024 et qualifié par le gouvernement d’initiative « Turquie sans terrorisme ».
Interrogés sur une issue positive possible du processus actuel, 21,8 % des répondants ont répondu « oui », tandis que 26,5 % ont dit « non ». 20,7 % ont répondu « partiellement », 14,9 % étaient indécis, 12,3 % sans opinion et 3,8 % ont affirmé qu’il n’y avait « aucun processus ».
Les résultats indiquent une confiance publique limitée à un moment où l’initiative montre des signes de tension, des figures politiques kurdes accusant le gouvernement de retarder les mesures juridiques tandis qu’Ankara insiste pour que le PKK prenne d’abord des mesures vérifiables pour déposer les armes.
Ce processus de paix fait suite à une tentative précédente entre Ankara et le PKK initiée fin 2012 mais qui s’est effondrée en 2015, entraînant une reprise des affrontements, particulièrement dans le sud-est majoritairement kurde de la Turquie.
Les répondants devaient également évaluer leur niveau de confiance dans le processus sur une échelle de 1 à 5. 22,9 % ont déclaré ne pas du tout faire confiance au processus, tandis que 23,2 % ont dit ne pas lui faire confiance. 25,9 % ont exprimé une faible confiance.
Seuls 16,8 % ont affirmé faire confiance au processus, et 7,4 % ont déclaré un niveau de confiance élevé. Au total, ceux exprimant clairement leur confiance représentaient 24,2 % des répondants.
L’enquête a également révélé que les répondants attribuaient la responsabilité principale de l’avancement du processus au gouvernement.
Interrogés sur l’institution ou l’acteur principalement responsable des progrès, 40,7 % ont cité le gouvernement. Suivaient le parlement (25,9 %), l’opposition (11,2 %), Abdullah Öcalan, le leader emprisonné du PKK (10,3 %), et le PKK lui-même (8,1 %).
Une majorité de répondants ont estimé que l’institution ou l’acteur qu’ils jugeaient principalement responsable ne remplissait pas cette responsabilité. 52,7 % ont répondu « non » à la question de savoir si cette responsabilité était assumée, contre 26,9 % de « oui » et 16,6 % de « partiellement ».
Le PKK, désigné comme organisation terroriste par la Turquie et ses alliés occidentaux, mène une campagne armée contre l’État turc depuis 1984. Plus de 40 000 personnes ont été tuées dans ce conflit.
Le processus actuel a débuté en 2024, et Öcalan a appelé en février 2025 le groupe à déposer les armes. Le PKK a ensuite annoncé sa décision de s’autodissoudre et de mettre fin à sa campagne armée.
Le leader du MHP Bahçeli a joué un rôle central dans cette nouvelle initiative malgré la ligne dure traditionnelle de son parti envers le PKK.
Bahçeli a proposé lundi la formation de deux commissions pour superviser le processus, marquant une volonté de lui donner une structure plus formelle face aux désaccords sur son déroulement.
Une commission serait formée au parlement avec des membres de tous les partis politiques, tandis qu’un second organe serait créé sous l’égide du vice-président et inclurait plusieurs ministères et l’Organisation nationale du renseignement.
Cette proposition semble répondre à une critique majeure du processus : l’absence de mécanisme public expliquant comment les prochaines étapes seraient gérées par le parlement et les institutions étatiques.
Une commission parlementaire dirigée par le président du parlement Numan Kurtulmuş a approuvé en février un rapport détaillant une feuille de route pour les mesures juridiques liées au processus. Mais aucune loi n’a encore été adoptée, et le Parti pour l’égalité des peuples et la démocratie (DEM Party) pro-kurde a accusé le gouvernement de lenteur.
Malgré l’absence de législation concrète, le président Recep Tayyip Erdoğan a déclaré le mois dernier que le processus avait franchi « de nombreuses étapes critiques » et que le gouvernement avancerait « patiemment » vers son objectif.
Les figures kurdes ont offert une évaluation plus prudente. Murat Karayılan du PKK a ensuite déclaré que le processus était « gelé », citant l’absence de contact récent avec Öcalan et de garanties juridiques.




