La CEDH fixe un délai de 6 semaines pour les interventions avant l’audience de mars dans l’affaire Kavala
La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a fixé un délai de six semaines pour les interventions tierces avant une audience prévue en mars dans le cas de l’homme d’affaires et défenseur des droits turc Osman Kavala, actuellement emprisonné, a annoncé la cour.
La chambre chargée de l’affaire a décidé le 16 décembre de la renvoyer devant la Grande Chambre, l’instance suprême de la CEDH, qui examinera le nouveau dossier concernant le maintien en détention de Kavala suite à un arrêt de 2019 ordonnant sa libération immédiate.
L’affaire porte sur la détention de Kavala après l’arrêt historique de la CEDH du 10 décembre 2019, qui a estimé que la Turquie avait violé ses droits et était tenue de mettre fin immédiatement à sa détention. Elle couvre également les procédures pénales qui ont abouti à la condamnation de Kavala à la réclusion à perpétuité aggravée.
Cet homme de 68 ans avait été arrêté en novembre 2017 pour « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel » en raison de son rôle présumé dans les manifestations anti-gouvernementales du parc Gezi en 2013.
Bien que la CEDH ait statué en 2019 que sa détention n’était pas fondée et ordonné sa libération, les tribunaux turcs ont refusé de s’y conformer.
Selon un communiqué de la cour publié mardi, l’audience dans l’affaire Kavala c. Turquie (n° 2) se tiendra le 25 mars 2026. La cour a invité les parties à soumettre leurs observations écrites avant le 26 janvier 2026.
Case of Kavala v. Türkiye (No. 2): a six-week deadline is set for submitting requests for third-party interventionhttps://t.co/blNjpP2li2#ECHR #CEDH #ECHRpress pic.twitter.com/3va7wmICho
— ECHR CEDH (@ECHR_CEDH) December 23, 2025
Contrairement au délai standard de 12 semaines, la cour a réduit à six semaines le délai pour les demandes d’intervention tierce, fixant au 29 janvier 2026 la date limite pour participer à l’affaire. Cette décision a été prise en raison de contraintes d’emploi du temps avant l’audience, a indiqué la cour.
Tout État partie à la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) ou toute autre personne ou organisation intéressée souhaitant intervenir comme tierce partie doit demander une autorisation avant cette date. Si l’autorisation est accordée, les mémoires écrits doivent être déposés avant le 12 février 2026.
Kavala a été condamné à la prison à perpétuité en 2022 pour avoir prétendument tenté de renverser le gouvernement de l’ancien Premier ministre et actuel président Recep Tayyip Erdoğan.
Sa condamnation, considérée par certains comme politiquement motivée, a été confirmée par la Cour de cassation en septembre 2023. Le ministère de la Justice a rejeté une demande de révision en juillet 2024.
Les manifestations du parc Gezi, déclenchées en 2013 par un projet urbain dans le centre d’Istanbul avant de s’étendre à d’autres villes turques, ont constitué un défi majeur pour le pouvoir d’Erdoğan. Elles ont été violemment réprimées par son gouvernement, qui les a ensuite qualifiées de « tentative de coup d’État ».
En février 2022, le Comité des ministres du Conseil de l’Europe a renvoyé l’affaire devant la cour, déclenchant une procédure de manquement pour déterminer si la Turquie avait enfreint l’arrêt de 2019.
En juillet 2022, la CEDH a statué que la Turquie avait effectivement violé son obligation d’exécuter l’arrêt initial.
La nouvelle requête devant la Grande Chambre porte sur le maintien en détention de Kavala après l’arrêt de 2019 et sur la procédure pénale nationale ayant conduit à sa condamnation à perpétuité.
Dans son arrêt de 2019, la cour avait estimé que la détention provisoire de Kavala violait son droit à la liberté et à la sûreté (article 5 de la CEDH) ainsi que l’article 18, qui interdit les restrictions aux droits pour d’autres motifs que ceux prévus par la convention.
La cour avait jugé que sa détention poursuivait un motif politique caché – celui de le réduire au silence en tant que défenseur des droits humains – et avait ordonné à la Turquie de le libérer immédiatement en vertu de l’article 46 sur la force obligatoire des arrêts de la CEDH.
Kavala soutient que sa détention depuis cette date constitue une privation arbitraire de liberté et que les recours devant la Cour constitutionnelle turque n’ont pas respecté les standards de la CEDH.
Il affirme également que son maintien en détention a servi des objectifs non autorisés par la convention, en violation de l’article 18.
Kavala a toujours nié les accusations portées contre lui, insistant sur son innocence et le caractère politique des poursuites.
La décision de la Grande Chambre dans l’affaire Kavala sera définitive et contraignante.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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