La CEDH estime que la Turquie a violé les droits de la « femme en rouge », manifestante de Gezi, avec l’usage de gaz lacrymogène
La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a statué que la Turquie avait violé les droits de Ceyda Sungur, connue comme la « femme en rouge » lors des manifestations du parc Gezi en 2013, après qu’un policier lui ait aspergé le visage de gaz lacrymogène à bout portant.
Dans son arrêt rendu mardi dans l’affaire Sungur c. Turquie, la cour basée à Strasbourg a constaté une violation de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui interdit la torture et les traitements inhumains ou dégradants.
L’affaire remonte au 28 mai 2013, lorsqu’un policier anti-émeutes a vaporisé du gaz lacrymogène directement sur le visage de Sungur, alors âgée de 27 ans, lors d’un sit-in pacifique dans le parc Gezi, au cœur du quartier de Taksim à Istanbul, alors que les forces de l’intervention dispersaient les manifestants.
Sungur, alors enseignante à l’Université technique d’Istanbul, avait rejoint la protestation pour s’opposer à un projet controversé d’aménagement menaçant l’un des derniers espaces verts de la ville.
L’officier a continué à avancer et à asperger du gaz alors même qu’elle se détournait. Les images de l’incident, capturées par le photographe de Reuters Osman Orsal, se sont rapidement propagées sur les réseaux sociaux et dans les médias internationaux.
Le traitement réservé à une manifestante non violente avait suscité une vive émotion à l’époque et contribué à accroître les critiques sur l’usage de la force par la police durant les manifestations.
Sungur, vêtue d’une robe rouge, est devenue la « femme en rouge », l’un des symboles les plus marquants des protestations.
La CEDH a jugé que l’usage de la force était disproportionné et que les autorités turques n’avaient pas assuré une responsabilité effective par une réponse dissuasive.
Après les faits, l’officier, identifié seulement par les initiales F.Z., avait initialement reçu un avertissement disciplinaire. Dans le cadre de poursuites pénales, un tribunal turc l’a ensuite condamné à 10 mois de prison pour blessures volontaires, mais la peine a été suspendue et convertie en mesures alternatives, comme la plantation de 300 arbres.
L’affaire a été classée après que l’officier eut rempli ces conditions.
Sungur a contesté cette décision en Turquie, arguant que la sanction manquait d’effet dissuasif. Cependant, la Cour constitutionnelle turque a estimé en 2019 que la sanction était suffisante et n’a pas constaté de violation de ses droits.
La CEDH a infirmé cette position, concluant que les sanctions infligées à l’officier étaient insuffisantes pour prévenir de nouveaux abus et ne répondaient pas à l’obligation de l’État d’enquêter efficacement et de punir les mauvais traitements par les forces de l’ordre.
La cour a condamné la Turquie à verser à Sungur 6 500 € de dommages et intérêts non pécuniaires et 5 400 € pour frais de justice.
Dans une interview ultérieure, Sungur a exprimé son malaise d’être perçue comme le « visage » des manifestations de Gezi, soulignant que de nombreux manifestants avaient subi des gaz lacrymogènes et des canons à eau durant les trois semaines de troubles. Elle a néanmoins reconnu que son image avait encouragé d’autres à rejoindre la protestation.
Sungur vit aujourd’hui à Paris.
Cet arrêt s’ajoute à une série de décisions de la CEDH critiquant la Turquie pour le comportement policier durant les manifestations de Gezi et l’absence de mécanismes efficaces de responsabilisation dans les cas d’usage excessif de la force.
Les protestations de Gezi, débutées comme un petit sit-in écologiste contre un projet d’aménagement du parc, ont évolué en manifestations nationales contestant le gouvernement du Premier ministre de l’époque – et actuel président – Recep Tayyip Erdoğan.
La répression gouvernementale a fait 11 morts et des milliers de blessés parmi les manifestants.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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