La CEDH condamne la Turquie pour la détention provisoire du journaliste vétéran Çetinkaya
Les points importants
- Violation des droits fondamentaux : La CEDH a jugé que la Turquie avait violé les articles 5 (liberté et sécurité) et 10 (liberté d’expression) de la Convention européenne des droits de l’homme.
- Absence de motif valable : Les preuves invoquées par les autorités turques – activités journalistiques légitimes, livres de Fethullah Gülen, comptes sur les réseaux sociaux – ne constituaient pas un soupçon plausible d’activité criminelle.
- Répression persistante : Plus de 126 000 personnes ont été condamnées pour des liens présumés avec le mouvement Gülen depuis 2016, et des milliers d’autres ont dû fuir le pays.
La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a statué que la Turquie avait violé les droits du journaliste vétéran Tuncer Çetinkaya en le maintenant en détention provisoire sans justification suffisante pendant près de deux ans, en raison de ses liens présumés avec le mouvement Gülen, a rapporté le Stockholm Center for Freedom.
La Cour a conclu à des violations de l’article 5 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), qui protège le droit à la liberté et à la sûreté, et de l’article 10, qui garantit la liberté d’expression, estimant que les tribunaux turcs n’avaient pas démontré de soupçon raisonnable ni fourni de motifs suffisants pour la détention de Çetinkaya.
Dans son arrêt, la Cour a jugé que les éléments de preuve avancés par les autorités turques ne constituaient pas un soupçon plausible d’activité criminelle, et que tant la détention initiale que la prolongation de celle-ci violaient le droit à la liberté et à la sûreté.
La Cour a précisé que les preuves retenues par les autorités turques incluaient le travail journalistique légitime de Çetinkaya dans des médias, un article publié sur un sujet d’intérêt public, et des publications sur les réseaux sociaux critiquant la nomination de mandataires à l’ancien quotidien Zaman, aujourd’hui fermé. Étaient également cités la possession d’ouvrages de Fethullah Gülen, le prédicateur basé aux États-Unis (décédé en 2024) dont les enseignements ont inspiré le mouvement Gülen, un compte à la Bank Asya, un visa américain, un voyage aux États-Unis, et des connexions Facebook avec des co-prévenus également journalistes.
La Cour a également estimé que la détention de Çetinkaya constituait une ingérence dans sa liberté d’expression, dans la mesure où les autorités s’étaient appuyées sur son travail journalistique protégé plutôt que sur des motifs pénaux suffisamment étayés.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen, inspiré par Fethullah Gülen, depuis les enquêtes pour corruption de décembre 2013 qui l’avaient impliqué, ainsi que des membres de sa famille et de son entourage. Il avait rejeté ces enquêtes en les qualifiant de complot de la part du mouvement Gülen, avant de désigner ce dernier comme « Organisation terroriste » en mai 2016, intensifiant une vaste répression après la tentative de coup d’État de juillet de la même année, qu’il avait attribuée à Gülen. Le mouvement Gülen nie toute implication dans cette tentative ou dans toute activité terroriste.
Çetinkaya, ancien journaliste et chef de bureau régional du quotidien Zaman dans la province d’Antalya, a été arrêté dans les semaines suivant la tentative de coup d’État de 2016, puis condamné pour « appartenance à une organisation terroriste » et tentative de renversement de l’ordre constitutionnel.
Il a été condamné à plus de sept ans de prison par un tribunal d’Antalya en 2018. Sa condamnation a été confirmée en appel en 2019, puis par la Cour de cassation en 2021.

Çetinkaya a été libéré le 24 avril 2018 pour raisons de santé, en attendant l’issue de l’appel. Après sa libération, il s’est réfugié en Allemagne.
Dans sa requête devant la Cour de Strasbourg, Çetinkaya a soutenu qu’il avait été détenu uniquement pour des activités journalistiques ne constituant pas une preuve d’intention criminelle ni d’appartenance à une organisation terroriste, et que les tribunaux nationaux n’avaient pas fourni de motifs suffisants pour justifier son arrestation et la prolongation de sa détention provisoire.
La Cour a ordonné à la Turquie de verser à Çetinkaya 16 250 euros de dommages-intérêts non pécuniaires et 4 406 euros pour frais et dépens.
Selon les derniers chiffres du ministère de la Justice, plus de 126 000 personnes ont été condamnées pour des liens présumés avec le mouvement Gülen depuis 2016, dont 11 085 sont toujours incarcérées. Les procédures judiciaires sont en cours pour plus de 24 000 individus, tandis que 58 000 autres font toujours l’objet d’enquêtes actives, près d’une décennie plus tard.
En plus des milliers de personnes emprisonnées, de nombreux autres sympathisants du mouvement Gülen ont dû fuir la Turquie pour échapper à la répression gouvernementale.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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