Grève des enseignants, les syndicats exigent des démissions après un meurtre dans une école d’İstanbul
Les enseignants d’İstanbul ont observé une grève d’un jour et les syndicats de l’éducation ont exigé la démission du ministre Yusuf Tekin mardi, après qu’un élève de 17 ans a poignardé mortellement un professeur dans un lycée du district de Çekmeköy, exacerbant les inquiétudes sur la violence croissante dans les écoles turques.
L’attaque s’est produite au lycée professionnel et technique anatolien Taşdelen Borsa İstanbul, où un élève de 17 ans en classe de 11ème, identifié seulement par ses initiales F.S.B., aurait apporté un couteau dans l’établissement et attaqué la professeure de biologie Fatma Nur Çelik, un autre enseignant identifié comme Z.A. et un élève de 15 ans, S.K. Les autorités n’ont pas divulgué de motif.

La police et des équipes médicales d’urgence ont été dépêchées sur place après des appels à l’aide. Les victimes ont été transportées à l’hôpital, où Çelik est décédée malgré les interventions médicales.
L’autre enseignant et l’élève ont été soignés pour des blessures non mortelles, selon les autorités. Le suspect a été arrêté sur les lieux.
Ce meurtre a particulièrement retenu l’attention car Çelik aurait exprimé des inquiétudes sur la sécurité de l’école après une autre agression au couteau dans le même établissement l’année dernière.
Selon la journaliste Rojda Altıntaş, elle aurait déclaré à ses collègues à l’époque : « Nous n’avons aucune sécurité ; nous pourrions être les prochains », et aurait soumis les noms de trois élèves qu’elle jugeait à risque au conseil de discipline de l’école.
L’un de ces élèves serait F.S.B., le suspect de l’attaque de lundi.
Le ministre de la Justice Akın Gürlek a déclaré dans un communiqué que le procureur général d’Anadolu avait ouvert une enquête et que le processus était mené « méticuleusement et sous tous ses aspects », ajoutant que les responsables seraient tenus pour comptables.
Le ministère de l’Éducation a annoncé avoir nommé un inspecteur et ouvert une enquête administrative. Il a également indiqué que des services de conseil et de soutien psychologique étaient mis à disposition des élèves de l’école.
Protestations syndicales et appels à la démission
Plusieurs syndicats enseignants d’İstanbul, dont le Syndicat des travailleurs de l’éducation et des sciences (Eğitim-Sen) et le Syndicat turc de l’éducation (Türk Eğitim-Sen), ont annoncé une grève d’un jour pour protester contre ce meurtre et ce qu’ils décrivent comme une violence croissante dans les écoles.
Les membres d’Eğitim-Sen se sont rassemblés sur la place Beyazıt et ont tenté de marcher vers la direction provinciale de l’éducation d’İstanbul, mais la police a bloqué leur parcours. Les manifestants ont ensuite organisé un sit-in au parc Mehmet Akif Ersoy.
Exigeant la démission de Tekin, les protestataires ont scandé des slogans comme « Les enseignants sont en colère, Yusuf Tekin doit partir » et « Nous ne capitulerons pas devant la violence ».
Dans une déclaration lue pendant la protestation, Hüseyin Özev, président de la branche stambouliote d’Eğitim-Sen, a exhorté le ministère à adopter une politique de sécurité scolaire immédiate, globale et fondée sur des preuves.
Il a appelé à renforcer les services d’orientation psychologique, à affecter du personnel spécialisé dans chaque école et à mettre en place des programmes d’intervention précoce pour les élèves à risque.
L’interdiction de publication critiquée
Par ailleurs, le tribunal pénal d’İstanbul Anadolu a imposé une interdiction de publication à la demande des procureurs, invoquant le risque que la couverture médiatique de l’incident ne « crée une indignation publique » et ne perturbe l’ordre public.
L’avocate des droits humains Eren Keskin a critiqué cette décision sur X, écrivant : « Cette interdiction de publication sert à dissimuler la violence et à la ‘légitimer’ virtuellement. Empêchez la violence, pas les nouvelles. »
Bu yayın yasağı, şiddetin gizlenmesi ve adeta ‘meşrulaştırılmasına’ hizmet eder. Haberi değil şiddeti önleyin !! https://t.co/elK9uYWhX6
— Eren Keskin (@KeskinEren1) March 3, 2026
La branche stambouliote de l’Association des droits humains a également jugé cette interdiction inacceptable, affirmant que la violence scolaire ne peut être résolue uniquement par des mesures de sécurité physique comme des portiques ou des barbelés, mais nécessite des politiques sociales et pédagogiques plus larges.
Inquiétudes sur la violence juvénile
Ce meurtre intervient dans un contexte d’inquiétude croissante concernant les crimes violents impliquant des jeunes en Turquie.
En mai 2024, des milliers d’enseignants avaient manifesté après qu’un ancien élève eut tué par balle le proviseur d’un lycée stambouliote, İbrahim Oktugan, déclenchant des appels nationaux pour une législation contre la violence scolaire.
Plus tôt cette année, Atlas Çağlayan, 17 ans, avait été poignardé mortellement lors d’une dispute entre adolescents à İstanbul. L’année dernière, le meurtre au couteau du turco-italien Mattia Ahmet Minguzzi, 15 ans, en plein jour sur un marché stambouliote, avait provoqué une indignation générale et relancé le débat sur les lois concernant les mineurs.
Les chiffres officiels montrent que le nombre de mineurs interpellés comme suspects a augmenté de plus de 50% ces neuf dernières années, les infractions liées au crime organisé, dont le meurtre et le trafic de drogue, figurant parmi les catégories à la croissance la plus rapide.
Les défenseurs des droits affirment que de nombreux adolescents attirés par les réseaux criminels viennent de quartiers défavorisés, ont des liens fragiles avec l’éducation ou l’emploi, et sont vulnérables aux gangs qui promettent argent, protection ou notoriété en ligne.
Les législateurs et les ministères concernés ont commencé à discuter de la création d’un « système d’alerte précoce » visant à identifier les enfants à risque d’être entraînés dans la criminalité et à renforcer le soutien social dans les écoles, particulièrement dans les zones défavorisées.
Alors que l’enquête se poursuit, les éducateurs estiment que ce meurtre reflète ce qu’ils décrivent comme une crise de sécurité grandissante dans le système éducatif turc.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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