États-Unis et Halkbank turque concluent un accord pour résoudre le long litige sur les sanctions iraniennes : rapport
Les États-Unis ont conclu un accord avec la banque publique turque Halkbank pour résoudre une longue affaire pénale accusant l’établissement d’avoir aidé l’Iran à contourner les sanctions américaines, ce qui pourrait éliminer l’une des sources de tension les plus persistantes entre Washington et Ankara, selon un rapport de Reuters.
Cet accord, qui nécessite encore l’approbation du juge fédéral Richard Berman, mettrait fin à des années de litiges juridiques qui ont tendu les relations entre les États-Unis et la Turquie, deux alliés de l’OTAN.
Selon les termes proposés, Halkbank s’engagerait à ne pas effectuer de transactions profitant à l’Iran et nommerait un contrôleur indépendant pour vérifier sa conformité aux sanctions et à la lutte contre le blanchiment d’argent, rapporte Reuters.
Aucune pénalité financière n’est prévue dans l’accord, et les charges criminelles devraient être abandonnées si la banque respecte les exigences de surveillance.
Le procureur américain Jay Clayton a déclaré que cet accord renforce les efforts de Washington pour combattre le financement du terrorisme et le soutien financier au gouvernement iranien.
« Cet accord avec Halkbank sert les intérêts fondamentaux des États-Unis dans la lutte contre le financement du terrorisme et le soutien financier au gouvernement iranien », a déclaré Clayton dans une lettre au juge, selon Reuters.
L’accord de Halkbank a été révélé pendant la guerre en cours entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
Cette affaire a longtemps été une source de tension entre Washington et Ankara. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan avait qualifié ces poursuites d’illégales et « honteuses ».
Halkbank a déclaré dans un communiqué qu’elle ne reconnaît aucune faute criminelle mais que l’accord permettrait de résoudre définitivement l’affaire.
Les actions de la banque cotées à la bourse d’Istanbul ont grimpé de 10% lundi après l’annonce de l’accord, soit la hausse quotidienne maximale autorisée.
Une affaire remontant aux accusations de sanctions de 2019
Les procureurs américains avaient inculpé Halkbank en 2019 pour fraude, blanchiment d’argent et conspiration, affirmant que la banque avait aidé l’Iran à contourner les sanctions américaines via des transactions financières complexes.
Selon les procureurs, ce système impliquait le transfert d’environ 20 milliards de dollars de fonds iraniens restreints via des virements et des sociétés écrans en Iran, Turquie et Émirats arabes unis. Les enquêteurs ont déclaré que les fonds étaient parfois convertis en or et en espèces et dissimulés par de fausses transactions commerciales alimentaires.
Halkbank a plaidé non coupable.
L’affaire était liée à plusieurs poursuites antérieures, notamment celle du trader turco-iranien Reza Zarrab, qui a plaidé coupable en 2017 pour fraude bancaire, blanchiment et conspiration avant de témoigner contre l’ancien dirigeant de Halkbank Mehmet Hakan Atilla.
Atilla a été condamné aux États-Unis en 2018 pour fraude bancaire et conspiration et a purgé la majeure partie d’une peine de 32 mois avant de retourner en Turquie en 2019, où il a nié toute faute.
Un long combat juridique devant les tribunaux américains
L’affaire contre Halkbank a suivi un parcours complexe dans le système judiciaire américain.
La Cour suprême américaine a examiné le dossier en 2023, statuant que les lois protégeant les gouvernements étrangers de responsabilités civiles ne les protégeaient pas automatiquement des poursuites pénales. Une cour d’appel fédérale a ensuite conclu que Halkbank ne bénéficiait pas d’immunité en common law, permettant à l’affaire de continuer.
Les accords de poursuite différée permettent aux entreprises d’éviter une condamnation pénale si elles respectent certaines conditions pendant un certain temps, après quoi les charges sont abandonnées.
Les experts juridiques estiment que les tribunaux ont généralement une marge limitée pour rejeter de tels accords.
Kaleb Byars, professeur à la faculté de droit de l’université Mercer, a déclaré à Reuters que les juges doivent généralement approuver ces accords sauf s’ils violent clairement la jurisprudence.
Dimension diplomatique
Reuters rapporte que des responsables turcs avaient proposé en septembre un règlement de l’affaire pour environ 100 millions de dollars lors d’une rencontre entre Erdoğan et le président américain Donald Trump à la Maison Blanche.
Après la rencontre, Erdoğan avait déclaré que Trump lui avait dit que « le problème de Halkbank est réglé pour nous ».
L’accord proposé intervient à un moment où les relations entre Washington et Ankara se sont améliorées après le retour de Trump à la présidence l’an dernier, éliminant potentiellement l’un des sujets les plus contentieux des relations bilatérales.




