Erdoğan poursuit en justice le chef de l’opposition après des allégations de pressions financières de Trump
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a intenté un procès en diffamation de 500 000 livres turques (11 600 $) contre le leader du principal parti d’opposition, ce dernier ayant affirmé que le président subissait des pressions du président américain Donald Trump concernant ses avoirs personnels.
L’avocat d’Erdoğan, Hüseyin Aydın, a indiqué que la plainte avait été déposée auprès d’un tribunal civil d’Ankara en réaction aux propos tenus par Özgür Özel, dirigeant du Parti républicain du peuple (CHP), lors d’un meeting dans le district stambouliote de Beykoz mercredi.
Une plainte pénale pour « insulte au président » a également été déposée auprès du parquet, a précisé Aydın dans une déclaration sur X.
CHP Genel Başkanı Özgür Özel’in 7 Ocak 2026 tarihinde Beykoz’da düzenlenen mitingte yaptığı konuşmada
Sayın Cumhurbaşkanımızı hedef alan yakışıksız ifadeleri, akıl dışı ve mesnetsiz ithamları nedeniyle Ankara Asliye Hukuk Mahkemesinde 500 bin TL’lik manevi tazminat davası…— Hüseyin Aydın (@hsynaydn) January 8, 2026
Lors du rassemblement, Özel a affirmé qu’Erdoğan agissait par crainte pour son avenir personnel plutôt que dans l’intérêt national de la Turquie, alléguant que Trump exerçait des pressions sur le président via des menaces liées à sa fortune.
Il a déclaré qu’Erdoğan recherchait une légitimité à l’étranger plutôt qu’auprès des électeurs turcs, estimant que sa relation avec Trump représentait un risque pour le pays.
Les relations entre Erdoğan et Trump font depuis longtemps l’objet de controverses, marquées par des échanges personnels fréquents mais aussi par des crises diplomatiques répétées.

Durant le premier mandat de Trump, Ankara avait été exclu du programme d’avions de combat F-35 et frappé de sanctions américaines après l’achat du système de missiles russes S-400.
Si Erdoğan et Trump ont maintenu un dialogue direct depuis le retour de ce dernier à la Maison Blanche en janvier 2025, des contentieux majeurs persistent, notamment sur les sanctions, la coopération militaire et le rôle régional de la Turquie.
Des critiques estiment que la nature personnalisée de leur relation – qualifiée récemment de « bromance » et de « chose formidable » par l’ambassadeur américain Tom Barrack – affaiblit la diplomatie institutionnelle et accroît les risques politiques pour la Turquie.
Özel a décrit Erdoğan comme un leader toujours plus autoritaire, affirmant que la légitimité politique ne pouvait provenir de dirigeants étrangers mais seulement d’élections démocratiques.
« À Erdoğan je dis ceci : Vous n’obtiendrez pas de légitimité de Trump Jr. ou de Trump lui-même ; vous l’obtiendrez à Beykoz », a-t-il déclaré.
Özel faisait référence à d’autres propos de Barrack, qui avait affirmé en septembre que Trump souhaitait donner à Erdoğan la « légitimité » dont il avait besoin, déclenchant une vive polémique en Turquie.
Barrack avait argué que la Turquie, bien qu’alliée cruciale de l’OTAN et l’un des principaux acheteurs d’avions de combat américains, était marginalisée par l’Occident, notamment l’Europe qui bloque sa candidature à l’UE. « Il ne s’agit pas des S-400, ni des F-16 », avait-il dit. « Il s’agit de légitimité. »
Ses commentaires intervenaient à la veille d’une rencontre entre Trump et Erdoğan à la Maison Blanche le 25 septembre, première visite du président turc depuis 2019.
Ces déclarations avaient suscité des critiques en Turquie, où Erdoğan est accusé de démanteler les institutions démocratiques, de réduire ses opposants au silence et de précipiter le pays dans une crise économique.
Entre-temps, le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir a rejeté les allégations d’Özel, les qualifiant de fausses et diffamatoires.
Le porte-parole de l’AKP Ömer Çelik a estimé qu’Özel avait franchi la ligne du débat politique légitime, l’accusant de propager des rumeurs infondées plutôt que de proposer des alternatives.
Çelik a nié qu’Erdoğan recherche l’approbation, la protection ou des garanties de la part d’un dirigeant étranger, rejetant toute idée de pressions exercées par Washington.
Cette action en justice contre Özel marque une nouvelle escalade dans un climat politique turc de plus en plus conflictuel, où les opposants et critiques du gouvernement font régulièrement l’objet de poursuites pour leurs déclarations visant le président.




