Erdoğan critique un manifeste pour la laïcité signé par 168 personnalités publiques
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a vivement critiqué un manifeste intitulé « Nous défendons ensemble la laïcité », signé par 168 écrivains, artistes, universitaires, journalistes et représentants d’associations professionnelles, affirmant qu’il ne permettrait pas que ce texte polarise l’opinion publique pendant le Ramadan.
Le manifeste a été publié mardi, à l’occasion du 100e anniversaire de l’adoption du code civil turc, et a été ouvert aux signatures en ligne.
Il affirme que la Turquie est sous un « siège réactionnaire et pro-charia » et prétend que le pays subit des pressions pour être « talibanisé », pointant du doigt ce qu’il appelle les plans menés par les États-Unis et citant nommément le président américain Donald Trump et Israël. Le texte accuse le gouvernement de mesures affaiblissant l’éducation laïque, l’ordre juridique séculier et la vie publique laïque, et soutient que les défenseurs de la république laïque sont traités comme des criminels.
Erdoğan a réagi mercredi lors d’une réunion à Ankara avec les gouverneurs des 81 provinces turques, déclarant qu’il n’y avait pas de « problème de laïcité » en Turquie et accusant les soutiens du manifeste de vouloir semer la division pendant le Ramadan.
Ce différend s’inscrit dans un clivage de longue date sur la question de la religion et de l’État en Turquie. La république a été fondée en 1923, et la laïcité est devenue un principe constitutionnel en 1926, tandis que le code civil inspiré des lois européennes a permis de transférer les règles familiales et de statut personnel du droit religieux au droit civil.
La version turque de la laïcité diffère du modèle américain de séparation de l’Église et de l’État. L’État turc régule une grande partie de la vie religieuse sunnite à travers la Direction des Affaires Religieuses, une institution étatique qui supervise les mosquées et émet des directives religieuses, une structure que les critiques accusent de permettre aux gouvernements d’instrumentaliser la religion publique.
Le Parti de la justice et du développement (AKP) d’Erdoğan, au pouvoir depuis 2002, a souvent soutenu que les politiques étatiques antérieures restreignaient les conservateurs religieux, tandis que ses détracteurs affirment que les politiques de l’ère AKP ont accru le rôle de la religion dans les écoles et les institutions publiques. Le manifeste reflète ce débat plus large, utilisant un langage qui présente la politique actuelle comme un recul des fondements laïcs de la république.
La liste initiale des signataires comprend l’économiste Korkut Boratav, l’historien Taner Timur, l’ancien député İlhan Cihaner, la romancière Ayşe Kulin, l’actrice Müjde Ar et le journaliste Timur Soykan.
La campagne de signatures en ligne a recueilli des milliers de soutiens après son lancement.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
Et vous, qu'en pensez-vous ?




