Deux femmes enceintes accusées de liens avec le mouvement Gülen subissent des traitements pénitentiaires cruels en Turquie, selon leurs familles
Deux femmes enceintes emprisonnées en Turquie pour leur présumée appartenance au mouvement Gülen ont subi des traitements inhumains lors de leurs transferts hospitaliers, notamment des privations de nourriture pendant des heures, ont déclaré leurs proches après leur visite dans une prison du nord-ouest du pays.
Selon le site d’information TR724, les détenues, enceintes de sept et huit mois, sont incarcérées à la prison de type L d’Edirne, près de la frontière grecque. Leurs familles affirment qu’elles sont conduites à l’hôpital pour des examens prénataux dès l’aube et maintenues à jeun jusqu’au soir, le temps que les procédures médicales des autres détenues soient terminées.
La Loi turque sur l’exécution des peines et les mesures de sécurité prévoit pourtant le report des peines carcérales pour les femmes enceintes ou ayant accouché depuis moins de six mois. En cas de décès du nourrisson ou de prise en charge par un tiers, le sursis est prolongé de deux mois après l’accouchement. Cette disposition vise à protéger la santé maternelle et le développement de l’enfant.
Les proches dénoncent une dégradation de l’état physique et psychologique des deux femmes, exacerbée par ces attentes interminables sans alimentation.
Nazife Karakoç, huit mois de grossesse, présenterait de graves complications selon sa famille. Les médecins auraient détecté une accumulation de liquide dans les poumons du fœtus. La détenue souffrirait également d’un dysfonctionnement thyroïdien et d’hypertension artérielle récurrente, aggravés par sa détention.
Leyla Arslan, sept mois de grossesse et codétenue, connaîtrait des problèmes similaires selon ses proches. Son hypertension nécessiterait un traitement médicamenteux plusieurs fois par jour depuis le début de sa grossesse.
Les familles déplorent également l’inadaptation des repas pénitentiaires – trop salés selon elles – qui aggraveraient les troubles tensionnels.
Karakoç avait été interpellée avec son mari Nihat le 17 octobre alors qu’ils tentaient de gagner la Grèce pour demander l’asile. Le couple a été placé en détention provisoire le lendemain.
Condamnée en février 2022 à six ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste » – notamment pour avoir enseigné dans des écoles liées au mouvement Gülen, utilisé l’application ByLock, séjourné dans un hôtel affilié au mouvement et participé à des réunions religieuses – Karakoç avait purgé quatre mois avant un sursis en appel. Sa requête est actuellement examinée par la Cour de cassation.
Arslan avait quant à elle été arrêtée le 4 août 2025 à Edirne après une tentative similaire de passage en Grèce.
Condamnée à huit ans et neuf mois de prison pour ses liens présumés avec le mouvement Gülen, elle attendait l’examen de son pourvoi en cassation.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan poursuit sa chasse aux sympathisants du mouvement Gülen depuis les révélations de corruption en 2013 impliquant son gouvernement. Après avoir qualifié le mouvement d' »Organisation terroriste » en mai 2016, il a intensifié la répression suite au putsch avorté de juillet 2016 – accusation rejetée avec force par le mouvement Hizmet.
Malgré les multiples arrêts de la CEDH affirmant que l’usage de ByLock ne constitue pas un délit, les arrestations se poursuivent en Turquie sur ce motif. Depuis 2016, le simple fait de détenir un compte à la Bank Asya (fermée par décret-loi), d’utiliser cette application cryptée ou de s’abonner à des médias affiliés au mouvement suffit à justifier des accusations d' »appartenance à une organisation terroriste ».
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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