Des navires turcs continuent de desservir les ports israéliens pendant la guerre avec l’Iran malgré l’annonce d’un arrêt des échanges commerciaux
Des navires sous pavillon turc ont continué à accoster dans les ports israéliens pendant le conflit avec l’Iran. Un bateau aurait dissimulé ces trajets en indiquant l’Égypte comme destination, coupant son système de suivi avant de décharger une cargaison israélienne dans le port turc d’İzmit (nord-ouest), selon un rapport exclusif publié mardi par le site d’information soL.
Le rapport s’appuie sur le témoignage d’un marinier identifié sous le pseudonyme de Rıza Kaptan pour des raisons de sécurité. Ce dernier a expliqué à soL avoir embarqué en janvier sur le porte-conteneurs Orita (pavillon panaméen, propriété d’une société turque) pour ce qui devait être un voyage vers Alexandrie en Égypte. À bord, il découvre que le navire se dirige en réalité vers Ashdod en Israël. L’équipage reçoit pour consigne de paramétrer le système d’identification automatique (AIS) sur Alexandrie, de le désactiver après Rhodes et de ne jamais mentionner les ports israéliens dans les escales récentes.
Kaptan affirme également que le navire utilisait un second nom (« UN Northstar ») dans ses communications radio lors des escales israéliennes. Après avoir déchargé une cargaison russe à Ashdod et Haïfa, il aurait chargé de nouvelles marchandises en Israël avant de les débarquer à İzmit.
La Turquie avait annoncé en avril 2024 des restrictions sur 54 groupes de produits, puis déclaré le 2 mai 2024 la suspension totale des échanges commerciaux avec Israël – des relations commerciales évaluées à environ 7 milliards de dollars annuels par Ankara.
Cependant, les exportations turques vers les territoires palestiniens ont bondi de 526% sur les neuf premiers mois de 2024. Des parlementaires d’opposition ont pointé la poursuite du trafic maritime vers Israël et des allégations de réacheminement via des sociétés palestiniennes.
En août 2025, les autorités turques ont étendu ces mesures au-delà de l’embargo commercial, interdisant l’accès des ports turcs aux navires israéliens et les voyages vers Israël pour les bateaux turcs.
Malgré cela, les importations israéliennes de pétrole azerbaïdjanais via le terminal turc de Ceyhan ont augmenté de 31% en 2025, atteignant leur plus haut niveau depuis trois ans. Des analystes cités par Reuters indiquent que les pétroliers éteignaient leurs traceurs et signalaient des destinations en Égypte ou à Chypre avant de décharger en Israël – une méthode similaire à celle décrite dans le rapport de soL.
Ce témoignage est d’autant plus notable qu’il situe ces voyages présumés pendant la guerre avec l’Iran. Les frappes conjointes américano-israéliennes débutées le 28 février ont provoqué des représailles iraniennes dans toute la région. Kaptan raconte qu’à Ashdod, les missiles et les interceptions étaient visibles dans le ciel tandis que les dockers cherchaient un abri, mais que les opérations commerciales se poursuivaient.
soL a également tracé l’Orita coupant son signal près de Rhodes du 25 mars au 6 avril (11 jours) avant son escale ultérieure à İzmit.
Les statistiques de l’ONU montraient déjà en 2024 que la Turquie était le cinquième fournisseur d’Israël (2,86 milliards de dollars d’exportations), malgré la position officielle d’Ankara.
Les données israéliennes confirment que les échanges ont persisté en 2025 (924,1 millions de dollars d’importations depuis la Turquie), en baisse mais révélant des flux commerciaux continus malgré l’embargo annoncé.
Depuis octobre 2023, des experts de l’ONU, des ONG et des tribunaux alertent que le siège, les bombardements et les déplacements forcés imposés par Israël à Gaza correspondent à la définition du génocide.
Gaza reste en crise après l’offensive israélienne consécutive à l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, avec 72 344 morts selon les autorités sanitaires locales. Le cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre n’a pas mis fin aux frappes meurtrières.
Un rapport de l’ONU en octobre pointait la Turquie parmi les pays facilitant ce génocide, citant des livraisons continues de pétrole et des transbordements vers Israël via des intermédiaires malgré l’embargo officiel.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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