Des élèves affamés en Turquie : la pauvreté pousse les enfants vers le travail, selon un rapport
Un rapport du syndicat des travailleurs de l’éducation et des sciences (Eğitim Sen) révèle que la pauvreté généralisée dans la cinquième plus grande ville de Turquie pousse les enfants à quitter l’école pour travailler, avec de nombreux élèves arrivant en classe le ventre vide et des apprentis soumis à de longues journées de travail.
Les Centres de Formation Professionnelle (MESEM) en Turquie, qui combinent scolarité et formation en entreprise, font face à des critiques concernant le travail des enfants et la sécurité au travail, ainsi qu’à des inquiétudes liées à la pauvreté infantile.
L’étude a examiné les conditions dans 26 écoles fréquentées par plus de 18 000 élèves à Adana, une grande ville du sud de la Turquie, incluant des établissements des districts de Seyhan, Çukurova, Yüreğir, Sarıçam et Kozan.
Réalisée par un groupe d’universitaires et d’enseignants, l’étude couvre des écoles primaires, des collèges et des lycées professionnels, documentant les effets de la pauvreté, des inégalités d’accès à l’éducation et des conditions de travail des enfants inscrits en formation professionnelle.
Selon le rapport, près de 60 % des familles interrogées gagnent moins de 49 000 livres turques (1 067 dollars) par mois, tandis que seulement 9 % déclarent un revenu mensuel supérieur à 100 000 livres (environ 2 180 dollars). L’étude indique que 90 % des foyers d’élèves vivent sous le seuil de pauvreté.
Les difficultés économiques décrites affectent aussi le quotidien des enfants. Quarante pour cent des élèves interrogés déclarent ne pas recevoir régulièrement de l’argent de poche, tandis que 22 % affirment se rendre à l’école sans argent la plupart du temps.
Les données révèlent également une insécurité alimentaire généralisée parmi les élèves. Près de la moitié des enfants interrogés à Adana arrivent à l’école sans petit-déjeuner quatre ou cinq jours par semaine, et 48,3 % ne peuvent jamais apporter de fruits à l’école.
De nombreuses écoles manquent aussi de cantines et d’accès à l’eau potable. Le rapport montre que 79 % des écoles primaires, 71 % des collèges et 62 % des lycées anatoliens étudiés ne fournissent pas de repas aux élèves. Près d’un quart des élèves interrogés déclarent que leur école ne dispose pas de fontaines à eau en dehors des toilettes.
Les chercheurs ont aussi relevé des problèmes d’accessibilité pour les élèves en situation de handicap. Plus des deux tiers des écoles étudiées n’ont pas d’ascenseurs, et seulement 23,1 % disposent d’ascenseurs fonctionnels. Ce taux est encore plus élevé dans les lycées professionnels, où 81,8 % des établissements n’en ont pas.
Le rapport dénonce une offre de cours de plus en plus restreinte dans les écoles publiques. La moitié des établissements proposent des options prédéterminées plutôt que des choix individuels, et plus de la moitié n’offrent qu’un nombre limité d’options.
Ces restrictions sont plus marquées dans les lycées professionnels et techniques anatoliens, où de nombreux établissements n’ouvrent pas certaines options. L’étude montre aussi que 83,3 % des écoles ne proposent pas de deuxième langue étrangère, et aucun des lycées professionnels étudiés n’en offre.
Parallèlement, des activités religieuses extrascolaires sont signalées dans 26,1 % des écoles étudiées, tandis que tous les lycées religieux İmam Hatip inclus dans l’étude organisent ce type d’activités.
Le rapport souligne aussi des inégalités sociales et linguistiques dans les écoles fréquentées par des élèves dont les langues maternelles incluent le turc, le kurde et l’arabe. Selon les résultats, 77,8 % des écoles déclarent que ces élèves rencontrent des difficultés d’apprentissage, et un tiers des élèves signalent des exclusions ou des traitements discriminatoires de la part des enseignants.
Un axe majeur du rapport concerne le système MESEM de formation professionnelle en Turquie. Les critiques, dont des syndicats et des opposants politiques, dénoncent depuis longtemps des conditions de travail abusives pour les enfants et un affaiblissement de l’accès à l’éducation formelle.
Selon le rapport, la pauvreté joue un rôle clé dans l’inscription des élèves aux programmes MESEM. Plus de 41 % des élèves MESEM interrogés viennent de familles gagnant moins de 49 000 livres par mois, et seulement 3 % de foyers dépassant 100 000 livres.
Bien que les élèves MESEM doivent théoriquement suivre des cours en présentiel ou en ligne un jour par semaine, plus de la moitié peinent à suivre en raison de leurs horaires de travail. La moitié des élèves interrogés travaillent cinq ou six jours par semaine, et 66 % effectuent des journées de plus de neuf heures.
Le rapport révèle aussi que de nombreux élèves continuent de travailler pendant les vacances d’été et les jours fériés, malgré les réglementations censées protéger les mineurs contre le travail excessif.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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