Des avocats dénoncent devant la CEDH le maintien en détention de Kavala par la Turquie sur la base de preuves déjà jugées insuffisantes par Strasbourg
Les avocats de l’homme d’affaires et figure de la société civile turque Osman Kavala ont affirmé mercredi devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) que la Turquie le maintenait en prison sur la base des mêmes éléments de preuve que la Cour de Strasbourg avait déjà estimés insuffisants, exhortant la Grande Chambre à ordonner sa libération.
L’audience portait sur la seconde requête de Kavala concernant son maintien en détention et sa condamnation malgré les précédentes décisions favorables de la Cour européenne.
L’équipe juridique de Kavala a souligné que l’affaire révélait de nouvelles violations persistantes des droits commises après l’arrêt de 2019 de la Cour européenne, qui avait qualifié sa détention d’arbitraire et politiquement motivée, ainsi qu’après la décision de 2022 constatant le non-respect par la Turquie de cette première décision.
L’avocat Ben Emmerson Leach a déclaré à la Cour que « rien de substantiel n’avait changé » depuis 2019 et que les autorités turques s’appuyaient sur les mêmes faits sans apporter de preuves nouvelles tangibles, tout en avançant de nouvelles accusations puis une peine de prison à perpétuité aggravée.
Le gouvernement turc a demandé le rejet de la requête, arguant que deux recours étaient toujours pendants devant la Cour constitutionnelle turque et que les voies de recours internes n’étaient donc pas épuisées.
Les représentants du gouvernement ont également défendu la condamnation de Kavala, affirmant que les manifestations du parc Gezi en 2013 n’étaient pas de simples protestations mais un « mouvement insurrectionnel » visant à saper le gouvernement élu. Ils ont soutenu que Kavala avait été condamné en tant que co-auteur ayant organisé et dirigé les événements, et non pour avoir personnellement commis des violences.
Les avocats de Kavala ont rejeté cette version, affirmant que son procès criminalisait des activités civiques légales comme discuter des manifestations, critiquer l’usage de la force policière ou alerter les institutions européennes sur des violations des droits. Ils ont également dénoncé un procès inéquitable, pointant des juges sanctionnés après son acquittement initial, la nomination d’un ancien candidat du parti au pouvoir comme magistrat et le refus d’examiner pleinement des preuves clés.
Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, a replacé l’affaire dans un contexte plus large, y voyant le reflet des pressions persistantes en Turquie sur les défenseurs des droits, avocats, journalistes et opposants politiques. Il s’est aussi inquiété de l’usage extensif des lois antiterroristes, des problèmes d’indépendance judiciaire et des retards à la Cour constitutionnelle turque, où deux requêtes de Kavala sont toujours en attente.
L’audience s’est close sans décision immédiate. La Grande Chambre rendra son arrêt ultérieurement.




