Ankara renforce le contrôle des cargaisons militaires transitant par la Turquie en pleine guerre en Iran
La Turquie a imposé de nouveaux contrôles sur les cargaisons militaires étrangères transitant par son territoire, exigeant désormais une autorisation préalable du ministère du Commerce pour les livraisons d’armes, de munitions et de matériel militaire connexe.
Cette mesure, prise par décret présidentiel, intervient alors qu’Ankara tente d’éviter de s’impliquer davantage dans le conflit iranien, qui a déjà entraîné l’interception de missiles dans l’espace aérien turc et perturbé le transport maritime régional.
Le décret, publié au Journal officiel sous le numéro 11068, couvre le transit et la réexportation d’équipements de guerre, d’armes, de munitions, d’explosifs militaires, de pièces détachées et de technologies connexes via le territoire douanier turc. Selon les nouvelles règles, ces envois nécessiteront une « lettre de conformité » du ministère du Commerce, qui décidera de leur approbation après consultation d’autres institutions étatiques. Les autorités douanières devront vérifier cette autorisation.
Ce nouveau cadre dépasse également les biens militaires clairement listés. Même si un article n’est pas formellement inclus sur la liste turque des matériels militaires contrôlés, il peut tout de même faire l’objet du même examen s’il existe des soupçons qu’il pourrait être utilisé à des fins militaires, menacer la sécurité nationale ou internationale, contribuer à des violations des droits de l’homme ou nuire aux relations bilatérales ou multilatérales de la Turquie, précise le texte. Le décret est entré en vigueur dès sa publication et donne au ministère du Commerce le pouvoir d’établir des procédures, de prendre des mesures supplémentaires et d’annuler les approbations déjà délivrées.
Sur le plan formel, le décret est rédigé comme un cadre réglementaire permanent dans le cadre de la loi turque sur les douanes plutôt que comme un ordre d’urgence en temps de guerre. Mais son timing ne manquera pas d’attirer l’attention puisqu’il intervient en pleine crise régionale qui a accru la surveillance des transferts d’armes, des routes de transport et des mouvements de cargaisons politiquement sensibles au Moyen-Orient.
La Turquie a cherché à rester à l’écart des combats tout en avertissant que le conflit risque d’embraser toute la région. Le président Recep Tayyip Erdoğan a déclaré le 13 mars que maintenir la Turquie à l’écart de ce « brasier » était la priorité absolue d’Ankara, tandis que le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan a également souligné que la Turquie souhaitait éviter de s’empêtrer dans cette guerre.
Le conflit a déjà touché directement la Turquie. Les défenses aériennes de l’OTAN ont intercepté un troisième missile balistique iranien dans l’espace aérien turc le 13 mars, selon le ministère turc de la Défense, après des incidents similaires plus tôt dans le mois. L’Iran a nié toute responsabilité.
Le conflit a également perturbé les routes de transport et commerciales importantes pour la Turquie. Un navire sous pavillon turc n’a pu traverser le détroit d’Ormuz qu’après avoir obtenu l’autorisation iranienne, tandis que les autorités turques ont indiqué que 14 autres navires turcs restaient dans la zone. Les compagnies aériennes turques ont également annulé des vols vers plusieurs destinations moyen-orientales en raison des combats.




