70 % des 4 800 mineurs incarcérés en Turquie n’ont pas encore été condamnés
Environ 4 800 mineurs en Turquie, âgés de 12 à 18 ans, sont actuellement détenus dans des centres pour jeunes, dont près de 70 % n’ont pas encore été condamnés par un tribunal, selon des chiffres officiels cités dans un rapport publié la semaine dernière par le quotidien Cumhuriyet.
Le rapport révèle que de nombreux mineurs libérés retournent en détention faute de soutien dans des domaines essentiels comme l’éducation, l’emploi et le logement.
Ces données ont été discutées alors que la Fondation pour la Réautonomie des Jeunes de Turquie, une organisation de la société civile œuvrant auprès des enfants à risque, publiait les conclusions de son Programme des Centres Jeunesse (GEM).
Selon le rapport, ce programme vise à empêcher que les enfants n’entrent dans le système judiciaire et réduit les comportements à risque grâce à un suivi individualisé, un soutien psychosocial, des activités de groupe et un accompagnement familial.
La question suscite l’attention alors que la population carcérale, tant dans les centres pour mineurs que dans les prisons pour adultes, ne cesse d’augmenter, aggravant la surpopulation.
Un rapport 2025 de la Société Civile dans le Système Pénal (CISST) indique également que 822 enfants de moins de six ans vivaient en prison avec leurs mères au 1er octobre, contre 759 un an plus tôt.
Le nombre d’enfants accompagnant leurs mères a explosé après la tentative de coup d’État de 2016, lorsque des milliers de femmes ont été emprisonnées pour des liens présumés avec le mouvement Gülen, un réseau confessionnel que le gouvernement turc accuse d’être à l’origine du putsch et qualifie d' »organisation terroriste ». Le mouvement dénie toute implication dans cette tentative de coup d’État et toute activité terroriste.
Ces dernières années, des défenseurs des droits et des observateurs internationaux ont également alerté sur l’implication de mineurs dans des enquêtes pour terrorisme liées à leur famille ou leur entourage.
Les rapporteurs spéciaux des Nations Unies ont averti que la Turquie utilisait les qualifications terroristes d’une manière pouvant conduire à des raids, arrestations et longues détentions provisoires pour des personnes dont les activités relèvent de l’éducation, de la vie familiale ou de pratiques religieuses pacifiques.
Les experts onusiens ont pointé les opérations policières du 7 mai 2024 et du 6 mai 2025, les décrivant comme faisant partie d’un schéma plus large de détentions arbitraires visant des personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen, y compris des étudiants et des mineurs.
Lors de l’opération d’Istanbul en mai 2024, les autorités ont ouvert une enquête pour « appartenance à une organisation terroriste armée » et autorisé une surveillance incluant des mineurs âgés de seulement 12 et 16 ans, selon les experts.
Ils rapportent que la police a mené des raids coordonnés à l’aube, arrêté des adultes et « interpellé » 15 mineurs de 13 à 17 ans – souvent enfants des détenus –, traités comme des suspects criminels durant les interrogatoires.
Un tribunal a ultérieurement condamné 19 personnes pour terrorisme lors du procès impliquant ces mineurs, prononçant des peines de trois à sept ans de prison.
La Turquie a officiellement classé le mouvement Gülen comme « organisation terroriste » en mai 2016, quelques mois avant le putsch raté, avant d’intensifier la répression après juillet 2016.
Selon les derniers chiffres du ministère de la Justice, plus de 126 000 personnes ont été condamnées pour liens présumés avec le mouvement depuis 2016, dont 11 085 encore incarcérées. Près de 24 000 dossiers sont en cours, tandis que 58 000 autres font l’objet d’enquêtes une décennie plus tard.
Outre les milliers d’emprisonnements, de nombreux sympathisants du mouvement Gülen ont dû fuir la Turquie pour échapper à la répression gouvernementale.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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