Un rapport détaille le sort des enfants victimes de la purge post-coup d’État en Turquie
Le Stockholm Center for Freedom (SCF) a publié vendredi son dernier rapport, « Les victimes oubliées : les enfants de la purge post-coup d’État en Turquie », qui examine comment les enfants issus de familles ciblées par cette purge sans précédent subissent les conséquences dévastatrices de persécutions, d’exclusion sociale et de traumatismes psychologiques, révélant le coût humain de cette répression.
Suite à la tentative de coup d’État de 2016, le gouvernement a lancé une vaste purge visant principalement des individus et institutions présumés liés au mouvement Gülen, d’inspiration religieuse, ainsi que d’autres opposants perçus comme tels. Cette répression a eu des conséquences profondes, affectant non seulement les accusés mais aussi des milliers d’enfants pris dans son étau. Elle a divisé d’innombrables familles, laissant des enfants à la charge de proches ou de tuteurs inconnus. Beaucoup se sont vu refuser des soins médicaux vitaux, contraints à l’exil ou privés de leurs principaux gardiens, certains mourant lors de périlleuses tentatives de fuite.
« Des enfants atteints de cancer privés des soins parentaux aux familles entières disparues en mer dans une quête désespérée de sécurité, la purge a volé à d’innombrables jeunes vies leur santé, leur stabilité et leur espoir », déclare le Dr Merve R. Kayıkcı, directrice de recherche au SCF. « Ces récits révèlent le tribut humain profond d’une répression qui punit non seulement les accusés, mais les membres les plus vulnérables de la société. »
Le manque de transparence du gouvernement, couplé au refus persistant des autorités turques de reconnaître le coût humain de leurs mesures sécuritaires, a considérablement entravé les efforts pour évaluer l’ampleur réelle de la crise. Bien qu’aucune statistique officielle n’existe sur le nombre d’enfants morts, malades ou handicapés en raison de la purge post-coup d’État, des enquêtes indépendantes et des reportages ont documenté une tendance troublante de cas tragiques. En recensant et analysant les cas de 2016 à aujourd’hui, ce rapport met en lumière comment la répression étatique a violé les droits fondamentaux des enfants, notamment le droit à la santé, à l’unité familiale et à la dignité humaine.
La punition familiale, ou Sippenhaft – un terme historiquement associé à la politique de l’Allemagne nazie punissant les proches pour les crimes supposés d’un membre de la famille – s’est révélée particulièrement cruelle pour les enfants handicapés ou gravement malades, dont beaucoup ont été privés d’allocations handicap, d’éducation spécialisée et de soins publics. Les familles déjà aux prises avec des difficultés médicales et financières ont dû porter seules des fardeaux insurmontables, privant ces enfants vulnérables des ressources essentielles à leur survie, leur développement et leur dignité.
Le traumatisme psychologique est tout aussi sévère : détresse émotionnelle, exclusion sociale et stigmatisation ont entraîné des problèmes de santé mentale généralisés, dont dépression, anxiété et, dans des cas tragiques, suicides. Plusieurs cas de mineurs se suicidant après l’emprisonnement de leurs parents, incapables de supporter la pression psychologique, ont été rapportés.
Le rapport expose aussi la dimension transnationale de cette répression, détaillant des cas où des enfants ont été emmenés avec leurs parents lors d’enlèvements par les services secrets turcs et ramenés de force en Turquie, subissant peur, traumatismes et séparation.
Ironiquement, le gouvernement turc a déclaré 2025 « Année de la famille », promouvant des initiatives censées soutenir les enfants et défendre les valeurs traditionnelles. Pourtant, comme le démontre ce rapport, ce discours ne peut masquer la dure réalité des enfants de familles persécutées politiquement.
« Un engagement authentique envers la famille doit dépasser le symbolisme », conclut le rapport. « Il doit inclure tous les enfants, surtout ceux dont la souffrance a été systématiquement ignorée. »
À propos du Stockholm Center for Freedom
Le SCF est une organisation à but non lucratif qui promeut l’État de droit, la démocratie et les droits de l’homme, avec un focus particulier sur la Turquie.
Engagé à servir de référence en documentant les violations des droits en Turquie, le SCF suit les développements quotidiens, recense des cas individuels d’atteintes aux droits fondamentaux et publie des rapports détaillés sur les questions des droits humains.
Le SCF est membre de l’Alliance Against Genocide, une coalition internationale œuvrant à faire pression sur l’ONU, les organisations régionales et les gouvernements pour qu’ils agissent sur les signaux d’alerte et préviennent les génocides.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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