YouTube bloque les bandes-annonces d’un film sur les demandeurs d’asile fuyant la Turquie après une plainte du gouvernement
YouTube a bloqué les trois bandes-annonces en Turquie pour « Exode », un film racontant l’histoire de personnes contraintes de fuir la Turquie pour demander l’asile en Europe, suite à une demande du gouvernement turc, ont confirmé les producteurs du film sur les réseaux sociaux lundi.
« Les trois bandes-annonces de notre film EXODE ont été bloquées sur YouTube en Turquie suite à des plaintes légales des autorités gouvernementales », a posté le compte X officiel du film.
« Exode » raconte le parcours d’universitaires, de policiers et d’artistes migrants forcés de quitter la Turquie dans les années suivant la tentative de coup d’État de 2016, suivie d’une répression massive du gouvernement contre la société civile.
Le film dénonce l’autoritarisme, abordant la répression, la surveillance et la torture sous l’administration du président Recep Tayyip Erdoğan, selon une critique du Guardian, qui décrit « Exode » comme une « charge contre les penchants autoritaires de la Turquie d’Erdoğan ».
Cette interdiction s’inscrit dans une logique de censure des autorités turques, qui ont bloqué ces dernières années des contenus allant des publications sur les réseaux sociaux aux documentaires, en passant par la musique et les films jugés menaçants pour l’unité nationale ou « moralement inappropriés ».
« Exode » a déjà reçu des éloges internationaux, remportant le prix du meilleur long métrage dramatique au London Independent Film Festival.
Le film est l’œuvre des scénaristes turcs Erkan Çıplak et Refik Güley, des producteurs Murat Kesgin et Ender Zirekoğlu et du réalisateur chypriote Serkan Nihat. Il a été choisi parmi sept nominés comme film d’ouverture du festival au Genesis Cinema le 19 avril à Londres.
Le film relate les histoires de Havin, une femme yézidie ayant survécu à une agression sexuelle par des combattants de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) et tentant de fuir vers l’Europe ; de Kembo, un Africain ; de Zelal, une jeune Kurde ; de Hakan Arıkan, un universitaire de gauche licencié d’une université turque ; de Mehmet Özdemir, un chef de la police turque limogé par décret ; ainsi que de Nermin, une femme au foyer, et son fils Eren.
Le film raconte aussi le calvaire d’Esra Özdemir, détenue avec sa fille uniquement parce qu’elle était l’épouse d’un policier limogé ; explore les défis de la fille d’un général, avocate luttant contre l’injustice ; et aborde le trafic d’êtres humains.
Tourné à Londres, Chypre et Istanbul et inspiré du chapitre biblique sur la fuite de Moïse devant Pharaon, le film met en scène Denis Oister, Ümit Ülgen, Selen Cabel, Dilan Derya Zeynilli, Murat Zeynilli, Doğa Çelik, Günce Ateş, Gamze Şeber et Azra Çiftçi.
« Exode » a été diffusé mondialement en ligne le 20 juin, disponible sur des plateformes comme Amazon Prime Video et Apple TV, à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés.
Le gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP) a instauré l’état d’urgence après la tentative de putsch avortée du 15 juillet 2016, maintenu jusqu’au 19 juillet 2018. Durant cette période, l’AKP a mené une vaste purge des institutions publiques sous couvert de lutte anti-coup d’État. Plus de 130 000 fonctionnaires, dont 4 156 juges et procureurs, ainsi que 24 706 militaires, ont été limogés sans procès pour « appartenance à une organisation terroriste » via des décrets-lois échappant à tout contrôle judiciaire ou parlementaire.
L’un des mouvements visés était le mouvement Gülen, inspiré par le prédicateur Fethullah Gülen. Le président Erdoğan le prend pour cible depuis les enquêtes pour corruption des 17-25 décembre 2013 impliquant l’ex-Premier ministre, sa famille et son cercle proche.
Qualifiant ces enquêtes de « coup d’État » et de complot, Erdoğan a désigné le mouvement Gülen comme « organisation terroriste » en mai 2016 avant d’intensifier la répression après le putsch raté de juillet 2016 – qu’il attribue à Gülen. Le mouvement dément fermement toute implication dans cette tentative ou des actes terroristes.
Outre les milliers d’emprisonnés, de nombreux sympathisants du mouvement Gülen ont dû fuir la Turquie pour échapper à la répression.
Ces dernières années, Erdoğan est vivement critiqué pour sa gestion économique désastreuse, l’assèchement des caisses de l’État et l’instauration d’un pouvoir autocratique où toute dissidence est réprimée et les opposants emprisonnés sur des motifs politiques.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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