Des organisations internationales de défense de la liberté de la presse condamnent la Turquie pour les arrestations au sein du magazine satirique LeMan
Une coalition d’organisations européennes de défense de la liberté de la presse a condamné lundi l’arrestation par la Turquie de quatre journalistes du magazine satirique LeMan, qualifiant cet acte de violation grave de la liberté des médias après qu’une caricature supposée représenter le prophète Mahomet a provoqué un tollé parmi les dirigeants religieux et politiques.
« Cette campagne de harcèlement judiciaire démontre comment les autorités turques continuent d’utiliser le droit pénal et administratif comme une arme pour réduire au silence les médias indépendants », ont déclaré les groupes dans un communiqué conjoint. « Nous exhortons les autorités à abandonner toutes les charges contre le personnel de LeMan, à mettre fin au harcèlement politique et juridique du magazine et à garantir la sécurité de ses journalistes. »
Le communiqué a été signé par l’International Press Institute (IPI), ARTICLE 19 Europe, le European Centre for Press and Media Freedom (ECPMF), la European Federation of Journalists (EFJ) et l’Osservatorio Balcani Caucaso Transeuropa (OBCT) basé en Italie.
La polémique découle d’une caricature parue dans l’édition du 26 juin de LeMan, représentant deux hommes nommés Mahomet et Moïse se saluant au-dessus d’une ville bombardée. Le magazine a affirmé que cette illustration était une critique politique des bombardements israéliens sur Gaza, et non une représentation de figures religieuses.
Au cours des trois jours suivant la publication de la caricature, une vague d’indignation s’est propagée en ligne, avec plus de 345 000 publications sur X utilisant le hashtag #LemanDergisiKapatılsın (« Fermez le magazine LeMan »).
Des figures politiques et religieuses de premier plan, dont le président Recep Tayyip Erdoğan, les ministres de l’Intérieur et de la Justice ainsi que le gouverneur d’Istanbul Davut Gül, ont publiquement condamné le magazine.
Le 30 juin, des centaines de manifestants en colère se sont rassemblés devant le siège d’Istanbul de LeMan, attaquant le bâtiment et provoquant l’intervention de la police avec des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes. Les manifestants scandaient : « Nous ferons tout pour notre Prophète. Nous mourrons, nous tuerons ! »

Une enquête pénale a été ouverte en vertu de l’article 216 du Code pénal turc pour incitation à la haine et à l’hostilité et insulte publique aux valeurs religieuses, avec la détention de quatre membres du personnel — Zafer Aknar (rédacteur en chef), Cebrail Okçu (graphiste), Doğan Pehlevan (dessinateur) et Ali Yavuz (directeur). Les groupes de défense des droits ont critiqué l’utilisation de menottes dans le dos lors de leur détention.
Le 2 juillet, les quatre ont été arrêtés, accusés notamment d' »incitation à la haine et à l’hostilité publique » et d' »insulte aux valeurs religieuses ». Dans le cas de Pehlevan, une accusation supplémentaire d’insulte au président a été signalée.
Une enquête financière a également été ouverte sur LeMan, et des mandats d’arrêt ont été émis pour le propriétaire, actuellement basé en France, ainsi que pour un autre cadre supérieur. Les procureurs enquêtent sur un éventuel soutien financier étranger, conformément au controversé projet de loi sur les « agents d’influence » ciblant les entités financées par l’étranger.
Par ailleurs, un tribunal a ordonné la confiscation de l’édition du 26 juin et a imposé une interdiction nationale d’accès au site web de LeMan.
Le 3 juillet, le régulateur des médias, le Conseil supérieur de la radio et de la télévision (RTÜK), a infligé une amende à Sözcü TV et suspendu cinq émissions suite à un segment dans lequel l’économiste Murat Kubilay a commenté la caricature. Le RTÜK a accusé l’émission de « diviser la société » et « d’attiser la polarisation ».
Les défenseurs de la liberté de la presse avertissent que ce cas illustre un modèle plus large de répression contre les médias indépendants en Turquie, où les journalistes sont souvent poursuivis pour des reportages critiques ou de la satire.
La Turquie se classe au 159e rang sur 180 pays dans l’Indice mondial de la liberté de la presse 2025, publié par Reporters sans frontières (RSF) en mai.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
Et vous, qu'en pensez-vous ?




