Une demandeuse d’asile emprisonnée avec son bébé de 15 mois après que la Suisse l’a renvoyée en Turquie
Les points importants
- Expulsion contestée : Bahar Yalçınkaya, demandeuse d’asile kurde, a été renvoyée de Suisse vers la Turquie malgré les mises en garde de son avocat sur les risques d’emprisonnement.
- Détention immédiate : Arrêtée dès son arrivée, elle a été placée en détention provisoire avec son bébé de 15 mois, tandis que son aîné de 5 ans a été confié à des proches.
- Questions sur l’évaluation suisse : L’affaire soulève des doutes sur le respect par la Suisse du principe de non-refoulement, alors que plusieurs renvois similaires ont déjà abouti à des arrestations.
Une femme qui demandait l’asile en Suisse mais a été expulsée vers la Turquie malgré les avertissements de son avocat sur un risque élevé d’emprisonnement en raison de ses expressions politiques pro-kurdes a été arrêtée à son arrivée en Turquie, puis emprisonnée dans l’attente de son procès avec son bébé de 15 mois, a rapporté le site d’information Bianet jeudi.
Bahar Yalçınkaya a été expulsée du centre de retour Rückkehrzentrum Ober Halden à Hinteregg, dans le canton de Zurich, avec ses deux enfants, et placée en détention immédiatement après son entrée en Turquie. Après une journée en garde à vue, un tribunal a ordonné sa détention provisoire et l’a envoyée à la prison pour femmes de Bakırköy à İstanbul avec son plus jeune enfant.
Son avocat en Suisse, Murat Özten, avait auparavant déclaré avoir informé les autorités suisses que Yalçınkaya faisait l’objet d’enquêtes pénales et de procédures judiciaires en cours en Turquie et qu’elle risquait donc fortement d’être emprisonnée si elle était renvoyée. Selon l’avocat, les enquêtes portent sur des allégations selon lesquelles Yalçınkaya aurait diffusé de la propagande liée au mouvement politique kurde de Turquie.
Les autorités turques poursuivent fréquemment les expressions de soutien aux causes politiques kurdes comme de la propagande pour le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), interdit, en vertu de la législation antiterroriste du pays. Le PKK, désigné comme organisation terroriste par la Turquie et ses alliés occidentaux, a lancé une insurrection armée contre l’État turc en 1984. Il a déclaré un cessez-le-feu et annoncé sa dissolution en 2025.
Yalçınkaya vivait depuis près de deux ans au centre de retour de Hinteregg avec ses deux enfants, âgés de cinq ans et 15 mois. Son plus jeune enfant est né en Suisse.
Selon Bianet, un résident du même établissement a déclaré que des policiers avaient expulsé de force Yalçınkaya de sa chambre lors de l’opération d’expulsion. Le témoin a allégué qu’elle avait été menottée dans le dos devant ses enfants avant que tous trois ne soient mis dans un avion à destination de la Turquie.
Özten a qualifié la manière dont l’expulsion a été menée de légalement et humainement inacceptable, affirmant avoir déposé une plainte écrite auprès des autorités suisses de l’immigration après l’incident, mais n’avoir reçu aucune réponse.
La détention de Yalçınkaya peu après son retour soulève des questions sur la question de savoir si les autorités suisses ont correctement évalué les risques auxquels elle était confrontée avant de la renvoyer en Turquie.
Les demandes d’asile en Suisse sont examinées par le Secrétariat d’État aux migrations (SEM). Lorsqu’une demande d’asile est rejetée, le SEM peut ordonner le renvoi du demandeur, tandis que les autorités cantonales sont chargées d’exécuter les expulsions. La Suisse est liée par le principe de non-refoulement en vertu de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et de la Convention européenne des droits de l’homme, qui interdit de renvoyer des individus vers des pays où ils risquent de subir des persécutions, la torture ou d’autres violations graves des droits de l’homme.
Le diffuseur public suisse SRF a rapporté fin 2025 qu’au moins une douzaine de ressortissants turcs dont les demandes d’asile avaient été rejetées en Suisse avaient été arrêtés ou emprisonnés peu après leur retour en Turquie, suscitant des critiques de la part d’organisations de réfugiés selon lesquelles les autorités suisses ne parvenaient pas à évaluer correctement les risques individuels avant d’ordonner des renvois. Le SEM avait alors déclaré qu’il prenait ces rapports au sérieux et qu’il examinerait les cas individuellement.
Les organisations de défense des droits de l’homme soutiennent depuis longtemps que la législation antiterroriste large de la Turquie a été utilisée pour criminaliser l’expression pacifique et l’activité politique.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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