Une commission du Congrès américain tiendra une audition sur la démocratie et les droits en Turquie
Une commission américaine des droits de l’homme tiendra mercredi une audition sur le déclin démocratique en Turquie, les persécutions politiques et les restrictions à la liberté d’expression, selon une annonce du représentant républicain Chris Smith du New Jersey.
Smith, coprésident de la Commission Tom Lantos pour les droits de l’homme, présidera l’audition intitulée « La Turquie peut-elle retrouver le chemin de la liberté ? Consolidation autoritaire contre défense de la démocratie turque ».
Cette audition intervient alors que les inquiétudes grandissent à Washington concernant la répression du président Recep Tayyip Erdoğan contre les opposants politiques, les journalistes, les groupes de la société civile, les minorités religieuses et les critiques vivant à l’étranger.
La commission a indiqué que les témoins aborderont les persécutions politiques, les manipulations électorales, la censure et les perspectives d’un retour à l’indépendance judiciaire, à des élections libres et équitables et au respect des libertés fondamentales en Turquie.
L’audition est prévue mercredi à 14h dans le bâtiment Rayburn House Office 2128 à Washington et sera également diffusée en direct.
Les témoins annoncés incluent Henri Barkey, chercheur principal adjoint pour les études sur le Moyen-Orient au Council on Foreign Relations ; Michael Rubin, directeur de l’analyse politique au Middle East Forum ; Serkan Golge, chercheur scientifique et ancien prisonnier politique en Turquie ; et Andrew O’Donohue, chercheur à Harvard University et au Carnegie Endowment for International Peace.
Le bureau de Smith a déclaré que le gouvernement turc a intensifié sa répression après les récents revers électoraux du Parti de la justice et du développement (AKP) d’Erdoğan. Les défenseurs des droits de l’homme estiment que plus de 15 000 prisonniers politiques restent incarcérés en Turquie, y compris des journalistes, avocats, élus, universitaires, leaders de la société civile et militants démocratiques.
L’audition fait suite à une nouvelle crise au sein du principal parti d’opposition turc, le CHP, qui a battu l’AKP d’Erdoğan aux élections locales de 2024 pour la première fois depuis des décennies, conservant le contrôle d’Istanbul et d’Ankara et conquérant d’autres grandes villes.
Un tribunal turc a annulé le 21 mai le congrès du CHP de 2023, destituant de fait Özgür Özel de son poste de président et réinstallant l’ancien dirigeant Kemal Kılıçdaroğlu.
Le CHP a qualifié cette décision de politiquement motivée, visant à affaiblir les rivaux d’Erdoğan avant les prochaines élections nationales.
La répression contre le CHP inclut la détention et les poursuites contre des responsables et maires du parti. Le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, un des principaux rivaux potentiels d’Erdoğan, fait face à des affaires judiciaires que ses soutiens estiment destinées à l’écarter de la vie politique.
L’annonce de la commission mentionne également la censure et les restrictions à la liberté d’expression, y compris les blocages de contenus en ligne, comptes sociaux et médias d’opposition ordonnés par les tribunaux, ainsi que les enquêtes visant les prises de parole en ligne.
La Turquie utilise depuis longtemps des lois antiterroristes et sur l’insulte pour poursuivre journalistes, militants, opposants et citoyens pour leurs discours, articles ou publications sur les réseaux sociaux.
L’audition devrait aussi aborder le traitement des minorités religieuses et ethniques, notamment les restrictions affectant le Patriarcat œcuménique de Constantinople et le séminaire de Halki, une école de théologie orthodoxe fermée en 1971 malgré les appels à sa réouverture.
La commission évoquera aussi la répression transnationale, c’est-à-dire les efforts des gouvernements pour cibler des critiques au-delà de leurs frontières. Les autorités turques ont surtout poursuivi en Europe et aux États-Unis des personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen depuis le coup d’État avorté de 2016.
Ankara accuse le mouvement Gülen d’avoir orchestré la tentative de putsch, ce que le mouvement dément. Les autorités turques ont procédé à des arrestations massives, des purges et des saisies d’actifs contre des personnes accusées d’être liées au mouvement Gülen, tandis que des groupes de droits et experts de l’ONU estiment que ce traitement viole les principes juridiques fondamentaux.
La Commission Tom Lantos avait déjà tenu une audition sur les droits de l’homme en Turquie en juin 2025. Smith a présidé plusieurs auditions sur la Turquie ces dernières années, critiquant le bilan d’Ankara sur les prisonniers politiques, les droits des minorités et l’État de droit.
Cette nouvelle audition examinera les mesures que les États-Unis et le Congrès pourraient prendre pour soutenir la démocratie et les droits de l’homme en Turquie, un allié de l’OTAN dont les relations avec Washington se sont améliorées sous Donald Trump malgré des tensions persistantes.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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