Un ministre somalien attribue les gains militaires contre al-Shabaab à l’aide militaire turque
Le ministre somalien de l’Information a déclaré que le soutien militaire turc avait aidé les forces somaliennes à repousser al-Shabaab, tout en rejetant les suggestions selon lesquelles le récent renforcement d’Ankara serait lié à la reconnaissance du Somaliland par Israël.
Le ministre Daud Aweis Jama a tenu ces propos dans une interview accordée au quotidien turc Cumhuriyet publiée jeudi, un jour après avoir participé à un événement sur les relations Turquie-Somalie organisé par la Direction des Communications de la Présidence turque à Ankara.
Interrogé sur l’impact des livraisons militaires accrues, Jama a affirmé que l’Armée nationale somalienne avait mené plusieurs opérations, progressé sur de nouveaux territoires et neutralisé plusieurs commandants d’al-Shabaab.
La présence militaire turque en Somalie s’est rapidement développée. Des F-16 ont été déployés à Mogadiscio fin janvier, pilotés par du personnel de l’Armée de l’air turque stationné sur place. Les médias somaliens ont rapporté l’arrivée de chars fournis par la Turquie au port de la capitale, avec des images circulant en ligne. Le ministère turc de la Défense qualifie ces déploiements de « soutien antiterroriste » ; certains analystes y voient également une protection des investissements énergétiques d’Ankara dans la région.
Plusieurs de ces analystes interprètent ce renforcement comme une réaction à la reconnaissance du Somaliland par Israël en décembre. La plus grande base militaire turque à l’étranger, le camp TURKSOM, se trouve à Mogadiscio depuis 2017.
Jama a déclaré à Cumhuriyet qu’il n’y avait aucun lien direct entre ces livraisons et la décision israélienne. « La Somalie et la Turquie coopèrent militairement contre al-Shabaab depuis longtemps, et ce qui se passe aujourd’hui s’inscrit dans cette continuité. » Il a remercié le président Recep Tayyip Erdoğan, soulignant que le dirigeant turc avait réaffirmé lors d’une récente visite en Éthiopie que le Somaliland faisait partie de la Somalie.
La reconnaissance par Israël a suscité des objections formelles de l’Union africaine, de l’Union européenne, de l’Égypte, du Conseil de coopération du Golfe et de l’Organisation de la coopération islamique.
Concernant l’énergie, Jama a estimé que le navire de forage turc Çağrı Bey en route vers les eaux somaliennes pourrait tout changer. « L’arrivée de ce navire nous rapprochera considérablement du statut de producteur pétrolier mondial », a-t-il déclaré à Cumhuriyet. Aucune découverte commerciale n’a encore été faite ; la mission est exploratoire. Le navire a quitté le port turc de Taşucu le 15 février, escorté par trois navires de guerre, et devrait commencer à forer le puits Curad-1 en avril.
Le ministère turc de la Défense a par ailleurs démenti jeudi tout envoi éventuel des systèmes de défense aérienne à longue portée S-400 russes en Somalie, qualifiant ces rumeurs d’infondées. Le ministère a précisé que les opérations en Somalie s’effectuaient dans le cadre d’accords bilatéraux et que les S-400 étaient destinés aux forces turques.
L’engagement de la Turquie en Somalie remonte à 2011, lorsque Erdoğan — alors Premier ministre — s’était rendu à Mogadiscio pendant une famine. Cette visite avait ouvert la voie à une relation étendue couvrant formation militaire, investissements et énergie.
La Somalie occupe un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU jusqu’en 2026 et a récemment été élue pour la première fois au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine pour un mandat de trois ans à partir de 2026.
Le Somaliland a déclaré son indépendance en 1991 après l’effondrement du gouvernement de Siad Barre. Il dispose depuis de sa propre monnaie, armée et police, mais était resté quasi totalement non reconnu sur la scène internationale jusqu’à la décision israélienne de décembre.




