Un maire kurde destitué appelle le gouvernement de l’AKP à mettre fin à la politique des administrateurs dans un discours au Conseil de l’Europe
Abdullah Zeydan, maire destitué de Van issu du Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM), a exhorté la Turquie à abandonner sa politique controversée de nomination d’administrateurs publics pour remplacer les maires élus, lors d’un discours au Conseil de l’Europe.
Zeydan, ancien député du Parti démocratique des peuples (HDP) aujourd’hui dissous, prédécesseur du DEM, fait partie de la quinzaine de maires du DEM évincés de leurs fonctions après leur élection lors des municipales de mars 2024.
Bien qu’il ait remporté le scrutin avec 55% des voix, Zeydan a été destitué en février par le ministère de l’Intérieur en raison d’une condamnation pour « appartenance à une organisation terroriste ». Le gouverneur de Van, Ozan Balcı, a été nommé administrateur à sa place.
Avrupa Konseyi Yerel ve Bölgesel Kongresinin 49. Genel kurul toplantısı öncesinde birlikte kongre üyesi olduğumuz sevgili Kader Uzun, DEM Parti Avrupa Konseyi temsilcisi sevgili Faik Yağız ve diplomasideki arkadaşlarımızla birlikte Kongre başkanı sayın Marc Cools ve Türkiye… pic.twitter.com/JHKZhS0qh4
— Abdullah Zeydan (@AbdullahZeydan) October 28, 2025
Lors de la 49e session du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe mardi, Zeydan a appelé la communauté internationale à adopter une position plus ferme contre ce qu’il a qualifié d' »usurpation de la volonté populaire ». Il a dénoncé des nominations d’administrateurs et des détentions massives d’élus qui sapent selon lui la démocratie et l’État de droit en Turquie.
« Pour une démocratie inclusive et une paix durable, les Kurdes et l’opposition démocratique ont payé un lourd tribut », a-t-il déclaré, évoquant les centaines d’élus, politiciens et militants injustement emprisonnés, dont les figures kurdes Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ, le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu ou le philanthrope Osman Kavala.
Le politicien kurde a aussi fustigé les autorités turques pour leur mépris des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), pressant le Conseil de l’Europe d’agir plus vigoureusement.
Évoquant le processus de paix visant à résoudre le conflit avec le PKK, il a souligné la nécessité pour l’État d’engager des réformes démocratiques, « condition incontournable d’une paix sociale juste et durable ».
« La priorité absolue doit être l’abandon immédiat de la politique des administrateurs. La levée des réserves turques à la Charte européenne de l’autonomie locale est tout aussi urgente », a-t-il plaidé.
Adoptée en 1985 par le Conseil de l’Europe, cette Charte garantit l’indépendance politique, administrative et financière des collectivités locales – des droits systématiquement bafoués en Turquie selon ses détracteurs.
La destitution de Zeydan s’inscrit dans la continuité de la politique ankariote de remplacement des élus pro-kurdes par des administrateurs, initiée après le putsch avorté de 2016.
Cette pratique ne concerne pas que le DEM : selon un rapport du CHP, 13 de ses municipalités sont sous tutelle administrative depuis mars 2024, tandis que 16 de ses maires dont İmamoğlu croupissent en détention dans le cadre de la répression en cours.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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