Un allié clé d’Erdoğan conditionne son soutien pour 2028 à un rapprochement avec la Russie et la Chine
Un haut responsable du Parti d’action nationaliste (MHP), allié ultranationaliste du Parti de la justice et du développement (AKP) du président turc Recep Tayyip Erdoğan, a déclaré que le soutien de son parti à l’AKP pour les élections de 2028 dépendrait de l’acceptation d’un programme de coopération renforcée avec la Russie et la Chine, lors d’une interview accordée lors d’une visite à Moscou en mars.
İlyas Topsakal, vice-président du MHP et député de la province septentrionale de Samsun, a affirmé que la « condition non officielle » de son parti pour maintenir son alliance avec l’AKP n’était pas des postes ministériels, mais un plan de travail avec Moscou et Pékin, ont rapporté jeudi les médias turcs citant son interview du 23 mars dans le quotidien russe Vedemosti.
Ces propos révèlent une ligne eurasiatique plus dure du MHP, partenaire clé offrant à l’AKP sa majorité parlementaire, alors que la Turquie mène une politique pro-OTAN plus affirmée après des tensions antérieures avec les membres de l’Alliance.
Topsakal a indiqué que le leader du MHP Devlet Bahçeli l’avait envoyé à Moscou pour expliquer l’appel du parti en faveur d’un alignement Turquie-Russie-Chine aux partis politiques, bureaucrates et intellectuels russes.
Bahçeli avait publiquement lancé cet appel dans une déclaration écrite le 18 septembre 2025, qualifiant la meilleure réponse à ce qu’il nomme la « coalition du mal » américano-israélienne serait la construction d’une alliance regroupant la Turquie, la Russie et la Chine.
Cet appel pour un axe Ankara-Moscou-Pékin contraste fortement avec le rôle officiel de la Turquie en tant que membre de l’OTAN et allié des États-Unis.
La Turquie a rejoint l’OTAN en 1952 et abrite des infrastructures clés de l’Alliance, tout en approfondissant ses liens avec la Russie sur les plans énergétique et militaire, et en développant ses échanges technologiques et commerciaux avec la Chine.
Ankara a acquis le système de défense aérienne russe S-400 en 2019, entraînant son exclusion du programme américain F-35 et des sanctions américaines en vertu de la loi CAATSA.
La Turquie et la Russie ont soutenu des camps opposés dans divers conflits, de la Libye au Caucase jusqu’au récent changement de régime en Syrie, où Ankara soutenait l’opposition tandis que Moscou appuyait le gouvernement du président déchu Bachar al-Assad, alimentant une sentiment anti-turc en Russie.
Les relations turco-chinoises mêlent commerce, infrastructures et technologie, mais aussi tensions politiques autour du traitement des Ouïghours musulmans au Xinjiang, bien qu’Ankara ait atténué ses critiques ces dernières années et réprimé les manifestations pro-ouïghoures.
Le rapport de Vedomosti indique que le MHP souhaite désormais un rapprochement avec des organisations eurasiatiques comme l’Organisation de coopération de Shanghai, l’Organisation du traité de sécurité collective et la Communauté des États indépendants, ainsi qu’une coordination avec l’Organisation des États turciques.
Fondé en 1969 par l’ex-colonel Alparslan Türkeş, le MHP est un parti ultranationaliste d’extrême-droite dont le soutien a été crucial pour le maintien au pouvoir de l’AKP depuis le coup d’État avorté de 2016.




