Les voisins de l’Iran craignent les retombées des frappes américaines et israéliennes
Dans les jours précédant les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, les pays frontaliers de la république islamique redoutaient une crise régionale élargie, incluant des représailles contre les bases américaines, des violences transfrontalières, de nouveaux flux de réfugiés et des perturbations des livraisons pétrolières via le détroit d’Ormuz.
« Si les États-Unis frappent, l’Iran ripostera et la crise s’étendra à travers toute la région, avec le blocage du détroit d’Ormuz et des actions de ses proxies », a déclaré à l’Agence France-Presse une source diplomatique d’un pays frontalier de l’Iran.
« Le chaos en Iran affecterait la Turquie et l’Union européenne, risquant de provoquer un afflux massif de réfugiés », a ajouté la source.
Crainte d’une riposte iranienne
Les partenaires du Golfe de Washington s’inquiètent que l’Iran puisse riposter en ciblant les forces américaines qu’ils hébergent ou en frappant des infrastructures clés.
En juin 2025, l’Iran avait attaqué la base américaine d’Al Udeid au Qatar en réponse à des frappes aériennes américaines sur des installations nucléaires iraniennes lors de ce que l’AFP a décrit comme une guerre de 12 jours déclenchée par une attaque israélienne.
En janvier de cette année, le Qatar, l’Arabie saoudite et Oman avaient exhorté l’administration du président américain Donald Trump à reporter des frappes envisagées en réponse à ce que l’AFP a qualifié de répression meurtrière des manifestations nationales par l’Iran.
Les États du Golfe « savent qu’ils sont vulnérables car les Iraniens disposent de suffisamment de missiles basiques à portée intermédiaire pour frapper des infrastructures vitales, des usines de dessalement, des hubs hydrocarbures, des centrales électriques », a déclaré à l’AFP Pierre Razoux, directeur de recherche à la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques.
Risque de violences internes en Iran
Certains responsables et analystes craignent que si la république islamique était renversée, l’Iran puisse faire face à des violences internes alors que groupes séparatistes et militants armés se disputeraient le pouvoir.
« S’il doit y avoir un changement de régime, il doit venir de l’intérieur du pays », a déclaré à l’AFP un haut responsable d’un service de renseignement européen.
« Si les Américains ou les Israéliens imposent un changement de régime, ils risquent de provoquer l’effet inverse », a ajouté le responsable, comparant le risque à la Libye après le renversement du dirigeant de longue date Mouammar Kadhafi suite à un soulèvement soutenu par l’OTAN.
L’affaiblissement de l’Iran pourrait aussi affecter les voisins en donnant plus de latitude à des groupes armés qui leur sont hostiles.
« Lors des précédentes protestations iraniennes, la Turquie souhaitait que l’Iran reste intact et s’inquiétait que si quelque chose arrivait au régime, les groupes kurdes en profiteraient pour créer des problèmes à la Turquie », a déclaré à l’AFP en janvier Gönül Tol du Middle East Institute.
La Turquie craint « le chaos aux frontières, plus de réfugiés en Turquie et une recrudescence d’activité des groupes liés au PKK », a déclaré Tol, évoquant le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui a mené une insurrection armée contre l’État turc de 1984 jusqu’en 2025.
L’AFP indique que les enjeux sont similaires pour le Pakistan, qui partage une longue frontière avec l’Iran.
« Le Pakistan en particulier serait gravement affecté en cas de débordement transfrontalier », a déclaré à l’AFP en janvier l’analyste et ancienne diplomate Maleeha Lodhi.
Craintes liées aux réfugiés
Plusieurs voisins redoutent un mouvement de réfugiés d’une ampleur similaire aux déplacements causés par la guerre civile syrienne, principal facteur de la crise migratoire de 2015.
« Les chocs transfrontaliers risquent d’être d’un ordre de grandeur supérieur, compte tenu de la taille, de la population, de l’hétérogénéité du pays », a déclaré à l’AFP Sinan Ülgen, chercheur invité à Carnegie Europe.
La Turquie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie figurent parmi les pays les plus préoccupés par leur possible destination pour les réfugiés, selon l’analyste russe basé à Bakou Nikita Smagin.
Pour l’Azerbaïdjan et l’Arménie, dont les populations sont plus modestes, un afflux pourrait « menacer facilement la stabilité de tout le pays », a-t-il déclaré à l’AFP.
Détroit d’Ormuz et livraisons pétrolières
Les États producteurs de pétrole du Golfe craignent aussi que des frappes ne conduisent à un blocus du détroit d’Ormuz, un passage maritime étroit reliant le golfe Persique au golfe d’Oman et constituant l’un des principaux points de strangulation pétrolier au monde.
Environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole transite par ce détroit, selon l’AFP.
Cinzia Bianco, chercheuse sur le Golfe au Conseil européen des relations étrangères, a déclaré à l’AFP qu’un blocus pourrait déclencher un choc économique pour les pays du Conseil de coopération du Golfe.
Pour ces États, « une crise de liquidités serait un gros problème », a déclaré Bianco, ajoutant que les gouvernements dépensent massivement alors qu’ils tentent de diversifier leurs économies.
« Tout cela est plus compliqué s’il y a un Iran affaibli » combiné à une crise pétrolière, a-t-elle déclaré.
Razoux a déclaré qu’une baisse des approvisionnements du Golfe pourrait pousser la Chine, premier importateur mondial de pétrole, à trouver des alternatives, un changement qui pourrait accroître la pression sur les monarchies du Golfe qui tentent de réduire leur dépendance commerciale envers les États-Unis.
© Agence France-Presse




