Les propos de l’ambassadeur américain assimilant la Turquie à la Syrie et l’Irak suscitent un tollé
L’ambassadeur américain en Turquie Tom Barrack a suscité des critiques de la part de personnalités de l’opposition turque et d’anciens responsables après avoir déclaré que Washington avait besoin d’un point de contact et de levier unique pour équilibrer ses relations avec la Turquie, la Syrie et l’Irak. Ses détracteurs y voient une vision qui réduit la Turquie au rang de pièce dans un dispositif régional piloté par les États-Unis plutôt qu’une république souveraine.
In the tradition of those who have long studied the Levant and Anatolia — Iraq, Syria, and Turkey remain the strategic fulcrum upon which any enduring Middle East stability must pivot. Balancing these three nations requires a single, consistent point of American contact and…
— Ambassador Tom Barrack (@USAMBTurkiye) June 1, 2026
Barrack, récemment nommé envoyé spécial du président Donald Trump pour la Syrie et l’Irak, a écrit sur X que « l’Irak, la Syrie et la Turquie demeurent le pivot stratégique sur lequel doit reposer toute stabilité durable au Moyen-Orient ».
« Équilibrer les relations avec ces trois nations nécessite un point de contact et de levier américain unique et cohérent, transcendant les différences tribales, religieuses ou sectaires », a déclaré Barrack, ajoutant que la mission confiée par Trump visait à aligner la région sur « l’ordre et l’intérêt mutuel ».
Cette publication a provoqué un tollé en Turquie, où des critiques ont accusé Barrack de mettre la Turquie dans la même catégorie politique que la Syrie et l’Irak, avec un langage suggérant l’influence américaine sur l’ordre interne de la région.
Namık Tan, député d’Istanbul du Parti républicain du peuple (CHP, opposition) et ancien ambassadeur turc à Washington, a déclaré que Barrack devrait mieux comprendre le pays où il sert.
« Je tiens à rappeler à l’ambassadeur que les citoyens de la République de Turquie sont profondément attachés à la protection de la souveraineté nationale de leur pays », a déclaré Tan.
Tan a ajouté que des concepts comme la souveraineté nationale, l’État-nation et les principes fondateurs d’une république laïque semblaient échapper à Barrack.
« Les frontières de ce pays ne sont pas le produit d’une imagination arbitraire ou d’un fantasme politique », a-t-il insisté. « Elles ont été tracées avec le sang d’innombrables martyrs et au prix de grands sacrifices. »
İlhan Uzgel, figure du CHP spécialiste des questions étrangères, a également critiqué Barrack, demandant ce qu’il entendait par « équilibrer » la Turquie avec ses deux voisins.
« Monsieur l’Ambassadeur, vous mettez sur le même plan la Turquie, la Syrie où vous avez imposé un leader en l’habillant d’un costume, et l’Irak où vous interférez dans le choix du premier ministre », a lancé Uzgel.
Uzgel a affirmé que la région n’avait pas besoin de l’aide américaine et a accusé Barrack de puiser son audace non seulement chez Trump mais aussi chez ceux en Turquie qui cherchent une légitimité auprès de Washington.
« Vous tirez votre force du silence du gouvernement », a-t-il asséné. « Le sort de cette région sera déterminé par les peuples qui y vivent. »
Emin Şirin, ancien député du Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan, a estimé que le cadre proposé par Barrack risquait d’éloigner la Turquie de sa perspective européenne pour l’enfermer dans les crises moyen-orientales.
« La Turquie n’est pas un pays moyen-oriental comme les autres », a souligné Şirin, ajoutant que si la géographie oblige la Turquie à composer avec l’Irak et la Syrie, cela ne justifie pas de la définir à travers le même prisme de crise régionale.
Ces critiques reflètent une sensibilité plus large en Turquie, où le débat sur la politique étrangère est marqué par la crainte que des puissances extérieures cherchent à diviser le pays. Cette peur est souvent associée au traité de Sèvres de 1920, qui prévoyait le démembrement de l’Empire ottoman avant d’être remplacé par le traité de Lausanne de 1923 reconnaissant les frontières de la Turquie moderne.
La publication de Barrack intervient après que Trump a élargi son portefeuille en le nommant envoyé spécial pour la Syrie et l’Irak tout en conservant son poste d’ambassadeur en Turquie. Trump a précisé que Barrack agirait avec le plein soutien du département d’État américain.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait également indiqué que Barrack resterait un interlocuteur central sur la Syrie et une personne de confiance pour l’Irak.
Ce nouveau tollé fait suite à des critiques antérieures de l’opposition turque envers Barrack pour des propos louant les régimes fortement centralisés au Moyen-Orient.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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