Les pays Schengen répondent aux allégations de bots alimentant le marché noir des rendez-vous de visa en Turquie
L’Allemagne affirme que son nouveau système de liste d’attente empêche les entreprises de réserver des rendez-vous de visa en masse, tandis que quatre autres pays de l’espace Schengen décrivent des mesures de sécurité ou des examens suite aux allégations selon lesquelles des bots et des intermédiaires non officiels captent les créneaux de rendez-vous en Turquie pour les revendre.
Les ambassades allemande, néerlandaise, française, belge et autrichienne ont exposé leurs réponses aux allégations dans des déclarations au journal Nefes publiées samedi.
L’ambassade d’Allemagne a déclaré avoir introduit un système de liste d’attente empêchant les prestataires de services d’effectuer des réservations groupées et a mis en garde les demandeurs contre le paiement d’intermédiaires non officiels.
Dans ce système, les demandeurs s’inscrivent d’abord sur une liste d’attente avant de recevoir une date pour soumettre leurs documents à iDATA, le seul prestataire de services de visa autorisé par l’Allemagne en Turquie.
Les rendez-vous sont attribués selon l’ordre d’inscription sur la liste, éliminant ainsi la nécessité de rechercher constamment de nouveaux créneaux disponibles.
L’Allemagne a introduit ce système pour les demandes de visa Schengen de courte durée le 18 mars 2024, ce qui signifie que la mesure précède les récents rapports sur le marché noir des rendez-vous de visa en Turquie.
L’ambassade d’Allemagne a déclaré à Nefes que le système empêche différents prestataires de services de réserver un grand nombre de rendez-vous.
L’ambassadeur de Belgique en Turquie, Hendrik Van de Velde, a déclaré que le système belge ne permet pas aux bots d’obtenir des rendez-vous et a exhorté les demandeurs à n’utiliser que VFS Global, le prestataire de services autorisé par le gouvernement.
Van de Velde a affirmé que les agences non officielles ne pouvaient ni accélérer l’accès ni améliorer les chances d’obtention d’un visa.
« C’est de l’argent gaspillé », a-t-il déclaré, en référence aux paiements effectués auprès d’intermédiaires non autorisés.
Les demandeurs d’un visa belge remplissent une demande en ligne via le portail gouvernemental Visa on Web avant d’être redirigés vers VFS Global pour prendre rendez-vous.
L’ambassadrice d’Autriche, Gabriele Juen, a indiqué que des mesures de sécurité techniques étaient en place au consulat général d’Autriche à Istanbul pour garantir que les vrais demandeurs puissent obtenir des rendez-vous via VFS Global.
Juen a également mis en garde les demandeurs contre le paiement d’agences de visa ou d’autres intermédiaires.
L’ambassade d’Autriche n’a pas divulgué les mesures techniques ni indiqué si elle avait identifié des bots opérant dans son système de rendez-vous.
L’ambassade des Pays-Bas a déclaré prendre au sérieux les rapports sur d’éventuelles irrégularités et qu’elle consulterait d’autres gouvernements Schengen utilisant le même prestataire de services externe.
L’ambassade a également déclaré se féliciter d’une enquête de la Commission européenne et qu’elle intégrerait toute conclusion dans les discussions avec les entreprises traitant les demandes de visa.
L’ambassade de France a indiqué examiner les allégations et revoir sa relation avec les prestataires de services de visa à la lumière des résultats.
Ni la France ni les Pays-Bas n’ont annoncé de nouveau système de rendez-vous.
La Commission européenne n’a pas rendu publique une enquête formelle sur les rendez-vous de visa en Turquie.
Lighthouse Reports, qui a coordonné une enquête sur VFS Global avec 14 organisations médiatiques dans 12 pays, a indiqué que la commission prévoyait une étude sur les services de visa externalisés pour identifier des moyens de prévenir les abus.
L’enquête a révélé que des bots exploités par des acteurs externes avaient ciblé les systèmes de rendez-vous dans plusieurs pays et que certains employés de VFS sur d’autres marchés avaient été accusés de vendre des rendez-vous.
Des rapports d’inspection gouvernementaux européens obtenus par le consortium de journalistes ont également documenté des préoccupations concernant la corruption, la protection des données et la pression sur les demandeurs pour acheter des services présentés comme facultatifs.
VFS Global nie avoir accordé un accès privilégié aux rendez-vous aux agents.
La société affirme utiliser des mots de passe à usage unique, des vérifications CAPTCHA, des contrôles sur les adresses internet suspectes et des restrictions sur les réservations répétées pour lutter contre l’accès automatisé.
Elle précise également que ce sont les ambassades et consulats, et non VFS Global, qui contrôlent le nombre de rendez-vous disponibles.
Les réponses des cinq ambassades interviennent alors que le ministère turc du Commerce a annoncé que le Conseil de la publicité examinait sept entreprises intermédiaires de visa.
Ces entreprises sont accusées d’utiliser des logiciels automatisés pour capturer des créneaux de rendez-vous Schengen et les revendre pour des centaines d’euros.
Le ministère n’a pas nommé les entreprises concernées.
L’Association des agences de voyage turques affirme que les rendez-vous publiés tard le soir, les week-ends ou les jours fériés sont rapidement captés par des bots puis proposés pour 300 à 1 000 euros.




