Les ambitions nucléaires de l’Iran pourraient entraîner la Turquie dans une course aux armements, selon le ministre turc
La Turquie pourrait être entraînée dans une course aux armements nucléaires régionaux si l’Iran se dirige vers l’acquisition d’armes atomiques, a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan lors d’une interview télévisée lundi.
Fidan s’exprimait lors d’une émission en prime-time animée par le chroniqueur pro-gouvernemental Ahmet Hakan et diffusée sur CNN Türk. Interrogé sur la menace que représenterait l’arsenal nucléaire iranien pour la Turquie, Fidan a affirmé qu’Ankara ne souhaitait pas de « changements dramatiques » perturbant l’équilibre régional, tout en admettant que la Turquie pourrait être contrainte de rejoindre une compétition nucléaire.
Ses déclarations interviennent alors que les États-Unis pressent Téhéran de limiter des activités que les gouvernements occidentaux estiment susceptibles d’accélérer l’obtention de matériaux de qualité militaire. L’Iran affirme que son programme nucléaire est à des fins civiles.
Fidan a estimé que le Moyen-Orient ne pourrait supporter un nouveau conflit et a rejeté l’idée que des frappes aériennes puissent renverser le régime iranien.
Évoquant les pourparlers américano-iraniens tenus à Oman vendredi et qui devraient se poursuivre cette semaine, le chef de la diplomatie turque a présenté la voie diplomatique comme la seule solution viable. Il a toutefois souligné ne pas s’attendre à une escalade vers un conflit armé entre Washington et Téhéran.
La Turquie, située au carrefour de l’Europe et du Moyen-Orient et frontalière de l’Iran, est membre de l’OTAN et signataire du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), qui interdit aux États non dotés d’armes atomiques d’en acquérir.
Ankara ne dispose pas de programme d’armement nucléaire, mais des bombes atomiques américaines seraient stockées selon plusieurs estimations sur la base aérienne d’İncirlik, une installation militaire turque abritant des forces américaines près d’Adana, dans le sud du pays, non loin de la frontière syrienne. Les analystes précisent que ces armes restent sous contrôle américain.
Fidan a également dénoncé ce qu’il a qualifié de « double standard » dans la région, réitérant l’accusation traditionnelle de la Turquie selon laquelle Israël disposerait de l’arme atomique. Tel-Aviv n’a jamais confirmé ni infirmé posséder un arsenal nucléaire.
La première centrale nucléaire turque, Akkuyu, construite par les Russes sur la côte méditerranéenne, connaît des retards, avec une mise en service désormais prévue cette année.
Le ministre a inscrit le risque d’une course aux armements élargie dans un débat plus vaste sur les garanties sécuritaires, suggérant que les doutes quant au respect par Washington de ses engagements défensifs pourraient alimenter des ambitions nucléaires au-delà du Moyen-Orient, y compris en Asie et en Europe.




