Le protocole diplomatique turc sous les projecteurs après la rencontre avec l’ambassadeur américain
Une photographie montrant l’ambassadeur américain Tom Barrack assis dans le bureau du ministre de la Défense a suscité une controverse en Turquie, des critiques affirmant que la disposition des sièges et le langage corporel traduisaient une image de domination incompatible avec les normes diplomatiques.
Barrack — également envoyé spécial du président américain Donald Trump pour la Syrie — a rencontré le ministre de la Défense Yaşar Güler à Ankara vendredi.
La photo publiée par le ministère montrait Barrack installé seul dans le fauteuil central tandis que Güler et des hauts gradés, dont le chef d’état-major, étaient assis sur le côté.
Les réseaux sociaux se sont embrasés, des internautes interprétant cette image comme un signe de domination de l’ambassadeur, reléguant les officiels turcs à une position subalterne.
“Cet homme est-il un ambassadeur ou un gouverneur colonial ?” a tweeté Lütfü Türkkan, député du parti de droite İYİ. “Personne n’a le droit de montrer la Turquie dans un tel état d’impuissance.”
Des responsables du ministère, cités par les médias turcs, ont affirmé que ce protocole n’était pas spécifique à Barrack et s’appliquait à tous les visiteurs officiels.
Des correspondants diplomatiques chevronnés ont jugé cette disposition très inhabituelle au regard des standards internationaux, soulignant qu’en protocole établi, le chef d’une délégation visiteuse n’occupe jamais la place centrale face à l’hôte.
“En 35 ans de journalisme dont 25 à couvrir la diplomatie, je n’ai jamais vu un tel protocole nulle part dans le monde”, a déclaré à l’AFP la journaliste Barçın Yinanç.
Elle a décrit cette mise en scène comme contraire aux usages diplomatiques, notant que les écarts protocolaires se multiplient sous le gouvernement AKP du président Recep Tayyip Erdoğan.
“Ce qui surprend davantage, c’est que cela se produise au ministère de la Défense, institution réputée pour son attachement strict à la hiérarchie”, a-t-elle ajouté.
Des critiques soulignent également que le protocole d’État est uniforme et régi par des conventions nationales établies.
“À moins que les responsables protocolaires ne manquent cruellement d’expertise… ils sont censés maîtriser les usages de l’État”, a déclaré Namik Tan, vice-président du principal parti d’opposition CHP et ancien ambassadeur aux États-Unis.
‘Il faut revoir cela’
Contactée par l’AFP, l’ambassade américaine n’a pas réagi dans l’immédiat.
La disposition des sièges a aussi été critiquée dans les rangs du gouvernement.
“La situation d’aujourd’hui est une nouvelle entorse protocolaire difficile à justifier”, a tweeté Bülent Arınç, ancien président du parlement et cofondateur de l’AKP.
“Même si M. Barrack a des missions spéciales de la part du président Trump, il reste ambassadeur des États-Unis à Ankara, avec le même statut que tout autre envoyé étranger”, a-t-il souligné.
“Voir un ambassadeur diriger visuellement une réunion avec le ministre et les chefs militaires est incompatible avec le protocole d’État. Si cette pratique est devenue habituelle, elle doit être revue immédiatement.”
La Turquie a déjà connu des polémiques similaires sur le protocole diplomatique.
En 2021, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’était retrouvée sans siège lors d’une rencontre avec le président Erdoğan à Ankara.
L’incident avait suscité l’indignation lorsque le président du Conseil européen Charles Michel avait pris le seul fauteuil à côté d’Erdoğan, un impair surnommé “Sofagate”.
En 2010, Israël avait publiquement snobé l’ambassadeur turc Oğuz Çelikkol après des critiques d’Ankara, un officiel refusant de lui serrer la main et l’installant sur un siège bas pendant une réunion.
© Agence France-Presse
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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