Le parti pro-kurde turc qualifie l’offensive syrienne à Alep d' »opération d’extermination »
Le principal parti pro-kurde de Turquie a qualifié mercredi les attaques du gouvernement syrien contre les quartiers kurdes d’Alep d' »opération d’extermination », après des affrontements entre les forces de Damas et des combattants kurdes ayant fait au moins neuf morts, principalement des civils.
Dans un communiqué de son Conseil exécutif central, le Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM) a affirmé que les forces gouvernementales syriennes avaient utilisé chars, artillerie, obusiers et drones contre les quartiers à majorité kurde de Sheikh Maqsoud et Ashrafiyah, ainsi que contre la zone voisine de Beni Zeyd, décrite comme majoritairement assyrienne.
Le parti s’est appuyé sur une déclaration des forces de sécurité intérieure d’Alep pour annoncer un bilan de sept civils tués et au moins 46 blessés. De nouveaux rapports font état de 11 morts ce mercredi.
Le DEM a accusé plusieurs factions armées « connues pour recevoir le soutien » de la Turquie d’avoir participé aux attaques, citant Hamzat, Emşat, Sultan Murad et Nurreddin Zengi.
Ces déclarations font suite à une escalade mardi, marquant l’un des épisodes de violence les plus meurtriers en mois entre les forces syriennes et les Forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par les États-Unis, une coalition menée par les Kurdes qui fut un partenaire clé dans la lutte contre le groupe État islamique.
Les FDS ont affirmé que des factions affiliées au gouvernement avaient pris pour cible Sheikh Maqsoud, dénonçant « des tirs d’artillerie et de missiles aveugles » accompagnés de l’usage de drones, de tirs de snipers et d’armes lourdes.
Les médias syriens officiels ont présenté une version différente.
Dans un communiqué relayé par l’agence SANA, le ministère syrien de la Défense a accusé les FDS d’avoir pris pour cible des quartiers adjacents aux zones qu’elles contrôlent.
L’agence a rapporté cinq morts par des tirs des FDS, dont quatre civils (parmi eux un enfant) et un membre du ministère de la Défense.
Le ministère syrien de l’Agriculture a indiqué que deux des victimes étaient des employés d’un centre de recherche, selon SANA.
Les autorités de l’aviation civile ont annoncé la suspension des vols à destination et en provenance de l’aéroport d’Alep pour 24 heures, avec des déroutages vers Damas, a rapporté l’agence.
Le gouverneur d’Alep Azzam al-Gharib a annoncé la fermeture mercredi des écoles, universités et administrations publiques, ainsi que l’annulation des événements publics, invoquant des tirs « aveugles » des FDS ayant ciblé hôpitaux et institutions selon SANA.
Ces affrontements surviennent alors que la mise en œuvre de l’accord du 10 mars visant à intégrer l’administration et les forces kurdes dans le nouveau gouvernement syrien à dominante islamiste est au point mort.
Ce processus d’intégration devait être achevé fin 2025.
Cette violence accroît l’incertitude autour des négociations d’intégration, plus d’un an après le renversement de l’ancien président Bachar al-Assad.
Le DEM a indiqué qu’en application de l’accord du 10 mars, les FDS avaient retiré leurs armes lourdes des quartiers kurdes en avril 2025 et transféré les responsabilités sécuritaires aux forces locales.
Il a estimé que les nouvelles attaques « annulent » l’accord du 10 mars.
Le DEM a exhorté les médiateurs entre l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) et le gouvernement de Damas à agir comme garants pour faire cesser les attaques.
Le parti a plaidé pour une administration conjointe fondée sur l’égalité des droits, affirmant que les tentatives de Damas d’imposer un modèle centralisé déclencheraient de nouveaux conflits.
Il a comparé les attaques d’Alep aux violences antérieures impliquant les Druzes à Soueïda (sud), estimant qu’un scénario similaire était recherché à Alep.
Cette escalade a également provoqué une réaction d’Ankara.
Dans des propos relayés par l’AFP, le ministre turc de la Défense Yaşar Güler a exigé que le PKK et « tous les groupes affiliés » cessent leurs « activités terroristes » y compris en Syrie et « déposent les armes sans condition ».
« Nous ne permettrons à aucune organisation terroriste, notamment le PKK, le PYD, les YPG et les FDS, d’établir une présence dans la région », a déclaré Güler, utilisant des acronymes désignant des groupes kurdes syriens que la Turquie associe au PKK.
La Turquie classe le PKK comme « organisation terroriste » et considère que les Unités de protection du peuple (YPG) dominent les FDS et agissent comme une extension du PKK.
Le PKK a combattu l’État turc pendant des décennies et avait convenu début 2025 de mettre fin à sa campagne armée.
Les FDS contrôlent de vastes zones du nord et nord-est riches en pétrole, et ont été soutenues par une coalition dirigée par les États-Unis contre l’EI, qui a perdu son dernier bastion territorial en Syrie en 2019.
Mardi, les FDS ont également accusé des factions pro-gouvernementales d’avoir attaqué Deir Hafer (à 50 km à l’est d’Alep) et des zones près du barrage de Tishreen.
Les FDS ont affirmé se réserver le droit de répondre.
Dimanche, le commandant des FDS Mazloum Abdi avait tenu des discussions à Damas sur l’intégration des forces kurdes, mais les médias syriens n’ont rapporté aucun résultat.
Les responsables kurdes militent pour un système décentralisé en Syrie, une idée rejetée par Damas.




