Le Parlement européen adopte un rapport appelant à des sanctions de l’UE contre le ministre turc de la Justice
Les points importants
- Rapport adopté : Le Parlement européen appelle à des sanctions contre le ministre turc de la Justice, Akın Gürlek, pour son rôle dans la répression judiciaire.
- Déclin démocratique : Le texte dénonce l'utilisation politique de la justice en Turquie et la nomination de Gürlek comme symbole du recul de l'État de droit.
- Résolution symbolique : Non contraignante, la résolution demande à l'UE d'envisager un gel d'avoirs et une interdiction de voyage, sans les imposer directement.
Le Parlement européen a adopté mercredi un rapport exhortant l’Union européenne à envisager des sanctions pour violations des droits humains contre le ministre turc de la Justice, Akın Gürlek, qualifiant l’ancien procureur en chef d’Istanbul de figure clé de ce que les députés ont décrit comme la machine répressive de l’État.
Les députés ont approuvé la résolution par 381 voix contre 107, avec 171 abstentions, lors d’une séance plénière à Strasbourg.
La résolution est la réponse du Parlement au rapport 2025 de la Commission européenne sur la Turquie. Elle a été préparée par Nacho Sánchez Amor, député espagnol et rapporteur permanent du Parlement européen pour la Turquie.
Citent ce qu’ils décrivent comme un déclin démocratique en Turquie, la résolution appelle Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’UE et vice-présidente de la Commission européenne, à envisager des mesures dans le cadre du Régime mondial de sanctions de l’UE en matière de droits de l’homme contre des responsables turcs accusés de violations graves et délibérées des droits humains et des libertés fondamentales.
Le texte cite des responsables nommés comme administrateurs pour remplacer des maires élus, ceux responsables de ces nominations et des personnes qu’il décrit comme des acteurs clés de la machine répressive de l’État. Il nomme Gürlek et exprime son inquiétude face à sa nomination au poste de ministre de la Justice, l’accusant de poursuivre un agenda politique durant sa carrière judiciaire.
Gürlek a été procureur en chef d’Istanbul d’octobre 2024 jusqu’à sa nomination par le président Recep Tayyip Erdoğan comme ministre de la Justice en février 2026.
Durant son mandat de procureur en chef, son bureau a mené des enquêtes visant le maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, et d’autres membres du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP).
İmamoğlu, considéré comme le principal rival politique d’Erdoğan, est incarcéré en attendant son procès depuis mars 2025. Lui et le CHP rejettent les accusations pénales portées contre eux et affirment que les enquêtes visent à écarter les opposants d’Erdoğan de la vie politique.
Le gouvernement turc rejette les allégations selon lesquelles il contrôlerait les tribunaux et maintient que les procédures judiciaires sont indépendantes.
Le vote n’impose pas de sanctions
La résolution n’est pas contraignante et n’inscrit pas Gürlek sur une liste de sanctions de l’UE.
Une inscription nécessiterait une décision distincte du Conseil de l’Union européenne, qui représente les 27 États membres du bloc.
Les mesures du régime de sanctions de l’UE en matière de droits de l’homme peuvent inclure une interdiction de voyager, un gel des avoirs et une interdiction faite aux citoyens et entreprises de l’UE de fournir de l’argent ou d’autres ressources économiques à la personne inscrite.
Le rapport du Parlement européen appelle spécifiquement à envisager des mesures incluant le gel des avoirs détenus dans l’UE.
Gürlek a rejeté la proposition de sanctions avant le vote, qualifiant les rapports du Parlement européen de textes politiques consultatifs et affirmant que les tentatives de pression sur la justice turque échoueraient.
Le porte-parole du Parti de la justice et du développement (AKP), Ömer Çelik, a également condamné la proposition, accusant les députés européens de cibler un ministre turc.
Le Parlement affirme que la Turquie s’éloigne des normes de l’UE
Le rapport indique que la Turquie manque une période d’élargissement renouvelé de l’UE parce que son gouvernement n’a pas entrepris de réformes concernant la démocratie, l’État de droit et les droits humains.
Il appelle Ankara à répondre aux préoccupations concernant l’indépendance judiciaire, la liberté de la presse, les libertés fondamentales et les normes démocratiques.
Nacho Sánchez Amor a déclaré que la Turquie évoluait vers un système autoritaire et a accusé le gouvernement d’utiliser la justice à des fins politiques. Il a cité les procédures judiciaires visant le CHP et sa direction comme preuve de l’atteinte au pluralisme politique et à l’État de droit.
Le rapport critique également d’autres institutions de l’UE et États membres pour ce que le Parlement a décrit comme une réponse limitée au déclin démocratique de la Turquie.
Le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE est au point mort depuis 2018. Le rapport décrit néanmoins le pays comme important pour le bloc en raison de son rôle régional et de son appartenance à l’OTAN.




