Le gouvernement turc prévoit d’augmenter le budget du Diyanet alors que son réseau international s’étend
Les points importants
- Budget colossal : le Diyanet recevra 229,1 milliards de livres en 2027, surpassant les budgets de plusieurs ministères.
- Personnel pléthorique : 85 % du budget est consacré aux salaires, avec 150 000 employés.
- Expansion internationale : le Diyanet étend son réseau d’attachés religieux et mène des activités de surveillance à l’étranger.
Levent Kenez/Stockholm
La controversée Direction des affaires religieuses turque (Diyanet), qui supervise les mosquées, forme les imams et finance des programmes religieux en Turquie et à l’étranger, recevra 229,1 milliards de livres turques (4,73 milliards de dollars) en 2027, selon les chiffres budgétaires publiés ce mois-ci, ce qui lui confère davantage de fonds publics que les ministères de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de l’Énergie, du Commerce, de la Culture et de l’Industrie réunis.
Ce chiffre, inclus dans le Programme économique à moyen terme de la Turquie annoncé le 6 septembre 2026, marque une augmentation de 31,4 % par rapport à l’allocation de 174,4 milliards de livres (3,60 milliards de dollars) accordée au Diyanet en 2026. Il place le budget de l’agence au-dessus de celui du ministère de l’Intérieur (158,4 milliards de livres, soit 3,27 milliards de dollars), du ministère du Commerce (104,2 milliards de livres, soit 2,15 milliards de dollars), du ministère de la Culture et du Tourisme (69,7 milliards de livres, soit 1,44 milliard de dollars), du ministère des Affaires étrangères (64,4 milliards de livres, soit 1,33 milliard de dollars) et du ministère de l’Énergie (27 milliards de livres, soit 558 millions de dollars), dont le budget représente environ un huitième de celui du Diyanet.
Un document distinct, le rapport semestriel sur la situation financière et les perspectives du Diyanet couvrant la période de janvier à juin 2026, montre comment l’agence dépense son budget actuel et offre un aperçu détaillé et rare de l’ampleur de ses opérations.
Les chiffres indiquent que les dépenses de personnel dominent les dépenses de l’agence. L’estimation de fin d’année 2026 du rapport évalue les dépenses totales du Diyanet à environ 177,5 milliards de livres (3,66 milliards de dollars), dont 150,7 milliards de livres (3,11 milliards de dollars) alloués aux frais de personnel. Cela signifie qu’environ 85 % des dépenses prévues de l’agence devraient être consacrées au seul personnel.
La taille des effectifs est également considérable. Les responsables du Diyanet ont déclaré en septembre que l’institution et la Fondation Türkiye Diyanet comptaient ensemble environ 150 000 employés assurant des fonctions religieuses en Turquie et à l’étranger. Un procès-verbal parlementaire récent a par ailleurs estimé le réseau national du Diyanet à environ 93 000 mosquées, ainsi que des cours de Coran, des centres d’éducation religieuse, des centres familiaux et de jeunesse, et d’autres installations.
La taille des effectifs est un sujet de débat récurrent. L’ancien président du Diyanet, Ali Erbaş, a soutenu en 2024 que le Diyanet n’avait pas de personnel excédentaire, évoquant au contraire une pénurie d’employés et des milliers de mosquées sans imams. Le dernier chiffre cité par les responsables du Diyanet suggère que les effectifs restent à peu près à ce niveau.
Le rapport de juillet 2026 du Diyanet sur la situation financière et les perspectives montre que les dépenses de personnel constituent la plus grande catégorie de dépenses :
Le rapport semestriel montre également la forte concentration des dépenses au sein de sa structure de services religieux. Au cours des six premiers mois de 2026, le Diyanet a déclaré avoir dépensé 88,9 milliards de livres (1,84 milliard de dollars). Les coûts de personnel et de sécurité sociale représentaient la grande majorité de ces dépenses.
Ce même rapport offre une image détaillée des opérations du Diyanet à l’étranger, montrant que ses activités dépassent largement la gestion des mosquées et des services religieux turcs. En Allemagne, par exemple, l’agence travaille par l’intermédiaire de l’Union turco-islamique pour les affaires religieuses (DITIB), qui gère plus de 900 communautés de mosquées et entretient des liens institutionnels de longue date avec le Diyanet. Le Diyanet maintient également des responsables religieux et des attachés à l’étranger, gère des programmes de théologie et d’éducation religieuse, et organise des activités religieuses et caritatives impliquant des citoyens turcs et des communautés musulmanes dans des dizaines de pays. Son réseau international confère à l’agence un rôle qui dépasse son mandat national et nécessite une structure institutionnelle et de personnel importante en dehors de la Turquie.
Le rapport documente également les activités du Diyanet liées à l’islamophobie et sa surveillance des développements impliquant des musulmans à l’étranger. Il indique que l’agence a organisé un atelier de stratégie à l’étranger sur l’islamophobie en mars et une réunion interinstitutions sur le sujet en avril avec des représentants d’autres institutions publiques turques. Le Diyanet prépare également un rapport annuel sur l’islamophobie à diffusion restreinte et distribue un bulletin hebdomadaire faisant le point sur les développements religieux, sociaux et culturels dans le monde à ses unités centrales, provinciales et étrangères. Le rapport précise que ces deux publications sont destinées à un usage interne.
Le Diyanet étend et réorganise également son réseau de responsables religieux à l’étranger. Il prévoit d’établir ou de pourvoir des postes d’attachés religieux à Boston, Miami, Montréal, Kandahar (Afghanistan) et Turkistan (Kazakhstan), tout en fermant son poste à Barcelone et en confiant la responsabilité à un bureau rattaché à l’ambassade turque à Madrid. Sept conseillers en services religieux et quatre attachés ont été nommés au cours du premier semestre 2026, selon l’agence. Le projet de villes jumelles de la Turquie a relié l’ensemble des 81 provinces turques à 208 villes dans 93 pays pour une coopération religieuse et éducative.
Les programmes éducatifs internationaux de l’agence constituent une autre partie de ses activités à l’étranger. Son programme international de théologie, qui dispense une éducation religieuse aux ressortissants étrangers et aux membres de la diaspora turque, a organisé des entretiens d’admission à Ankara, Almaty et Bichkek au cours du premier semestre. Cinquante-six candidats ont été acceptés et 387 étudiants étaient inscrits au programme au cours de la dernière année universitaire.

Le rapport indique également que 183 étudiants en théologie étudiant à Istanbul, Konya, Bursa et Ankara se sont rendus à La Mecque et à Médine, tandis que 51 étudiants d’un collège de théologie à Chypre ont participé à un programme de jeunesse à Konya. Les archives du Diyanet montrent également que des groupes de nouveaux convertis à l’islam du Canada et des Pays-Bas ont été emmenés à Konya dans le cadre d’un programme intitulé « Feel the Spirit of Islam ». L’agence a organisé un atelier en février sur la sensibilisation religieuse auprès des convertis en Europe.
Le Diyanet organise également un programme annuel de sacrifice pendant la fête musulmane de l’Aïd al-Adha, permettant aux musulmans d’acheter une part d’un animal sacrificiel, dont la viande est ensuite distribuée aux personnes dans le besoin. Selon le rapport, le programme a fonctionné dans 84 pays et 420 zones en dehors de la Turquie, ainsi que dans les 81 provinces turques. Au total, 882 044 parts de sacrifice ont été fournies, la viande étant distribuée à plus de 36,6 millions de personnes.
Nordic Monitor a précédemment rapporté que des imams turcs envoyés à l’étranger dans le cadre des programmes du Diyanet ont été, ces dernières années, soupçonnés de surveiller des critiques du gouvernement turc au sein des communautés de la diaspora, ce qui a donné lieu à des enquêtes en Allemagne, en France, aux Pays-Bas et en Lituanie. Les responsables turcs ont nié ces allégations, les qualifiant d’infondées et accusant les gouvernements occidentaux de discrimination envers les communautés turques et musulmanes. L’Allemagne a annoncé en 2023 qu’elle cesserait progressivement d’accepter des imams formés en Turquie au profit d’un clergé formé localement, tandis que la France a cessé d’accepter des imams payés par le gouvernement turc à partir de janvier 2024.
Les chiffres du budget turc pour 2027 sont des propositions contenues dans le programme à moyen terme et non une loi de finances définitivement adoptée. Le parlement turc, où l’alliance au pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan dispose d’une majorité, devrait examiner le projet de loi de finances complet plus tard dans l’année.




