Le Comité de l’ONU contre la torture demande à la Turquie de répondre à la plainte d’une femme arrêtée pour des liens présumés avec le mouvement Gülen
Les points importants
- Plainte examinée : le Comité de l’ONU contre la torture a demandé à la Turquie de répondre sous six mois à la plainte d’Aysun Işınkaralar, arrêtée pour des liens présumés avec le mouvement Gülen.
- Accusations de torture : elle affirme avoir subi des décharges électriques, une strangulation, du harcèlement sexuel et une exécution simulée pendant sa garde à vue à Afyonkarahisar.
- Répression massive : depuis 2016, plus de 720 000 personnes ont fait l’objet de poursuites pour des liens présumés avec le mouvement Gülen, a annoncé le ministre de la Justice.
Le Comité de l’ONU contre la torture a demandé à la Turquie de répondre sous six mois à la plainte d’Aysun Işınkaralar, qui affirme avoir été torturée en garde à vue après son arrestation pour des liens présumés avec le mouvement Gülen, d’inspiration religieuse.
Le site d’actualités TR724 a rapporté qu’une plainte déposée par Işınkaralar le 23 juillet 2023 avait été transmise au gouvernement turc, selon une lettre du 22 juillet du bureau des droits de l’homme de l’ONU.
Cette évolution fait suite au rejet, en avril 2024, de la plainte pour torture d’Işınkaralar par les procureurs turcs, malgré un rapport de la Fondation des droits de l’homme de Turquie (TİHV) étayant ses allégations. Une plainte antérieure, déposée peu après sa détention en 2018, avait elle aussi abouti à un classement sans suite.
Işınkaralar, ancienne directrice d’un foyer d’étudiants prétendument affilié au mouvement Gülen, a été arrêtée à Afyonkarahisar en mai 2018 et placée en garde à vue pendant quatre jours.
Elle a ensuite été condamnée à plus de sept ans de prison pour des chefs d’accusation liés au terrorisme, en raison de ses liens présumés avec le mouvement Gülen. Elle a été libérée en décembre 2022 après avoir passé 56 mois en prison.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan cible le mouvement Gülen — une initiative civique mondiale inspirée par les idées du prédicateur musulman Fethullah Gülen, mort en 2024 — depuis que des enquêtes pour corruption, en décembre 2013, l’ont impliqué, ainsi que certains membres de sa famille et de son entourage proche. Il a rejeté ces enquêtes en les présentant comme un complot des sympathisants du mouvement Gülen et a désigné le mouvement comme une Organisation terroriste en mai 2016, intensifiant une vaste répression après la tentative de coup d’État de juillet de la même année, qu’il a accusé Fethullah Gülen d’avoir orchestrée. Le mouvement Gülen nie toute implication dans la tentative de coup d’État ou toute activité terroriste.
Işınkaralar a déclaré que, pendant sa garde à vue, les policiers l’avaient soumise à des décharges électriques, à une strangulation, à du harcèlement sexuel et à une exécution simulée, tout en l’interrogeant sur d’autres personnes présumées liées au mouvement Gülen. Selon Işınkaralar, les mauvais traitements ont cessé après que des députés de l’opposition ont attiré l’attention sur les allégations de torture dans son affaire sur les réseaux sociaux.
Des examens médicaux pratiqués trois jours après sa détention, puis plus tard à la prison d’Afyonkarahisar, ont documenté des blessures, notamment des cicatrices aux deux chevilles. Un rapport ultérieur de la TİHV a jugé le récit d’Işınkaralar crédible et cohérent avec les constatations médicales et psychologiques.
Le parquet d’Afyonkarahisar a classé sa plainte en avril 2024, invoquant des preuves insuffisantes et un rapport ne relevant aucun signe de violences physiques, établi par un médecin qui, selon Işınkaralar, ne l’avait jamais examinée. Elle a affirmé que le rapport médical documentant ses blessures n’avait pas été versé au dossier. Son recours devant la Cour constitutionnelle a également été rejeté.
Selon les chiffres annoncés par le ministre de la Justice Akın Gürlek, les autorités ont engagé des poursuites judiciaires contre 720 338 personnes pour des liens présumés avec le mouvement Gülen depuis 2016 et obtenu la condamnation de 127 102 d’entre elles. Les enquêtes ou les procès concernant 83 404 autres personnes sont en cours, tandis que 10 485 personnes, accusées ou condamnées pour participation à la tentative de coup d’État ou pour appartenance au mouvement Gülen, sont toujours en prison.
La torture et les mauvais traitements en garde à vue et dans les prisons turques restent une préoccupation persistante depuis le lendemain de la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016. La torture généralisée et systématique dans les centres de détention turcs a été mise en évidence par le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, dans un rapport fondé sur sa mission en Turquie en novembre 2016. Le Comité du Conseil de l’Europe pour la prévention de la torture a également signalé que les allégations de mauvais traitements policiers restaient à un niveau préoccupant après les visites de 2017 et 2019, même si la Turquie a bloqué la publication du rapport du comité sur sa visite effectuée après le coup d’État de 2016.
Cet article est republié à partir du Stockholm Center for Freedom.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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