L’ambassadeur azerbaïdjanais annonce l’ouverture de la frontière turco-arménienne après les réformes constitutionnelles en Arménie
L’ambassadeur d’Azerbaïdjan en Turquie, Rashad Mammadov, a affirmé que la frontière terrestre turco-arménienne sera rouverte après les élections législatives arméniennes du 7 juin et une révision constitutionnelle visant à supprimer des mentions que Bakou interprète comme des revendications territoriales, selon le journal Cumhuriyet.
Mammadov a tenu ces propos en réponse à une question sur l’éventuelle opposition de l’Azerbaïdjan à la réouverture de cette frontière fermée depuis 1993.
« Nous menons une politique concertée avec la Turquie et coordonnons nos actions avec le ministère turc des Affaires étrangères », a déclaré Mammadov à Cumhuriyet dans un entretien publié lundi, soulignant que les processus de normalisation turco-arménien et arméno-azerbaïdjanais avancent parallèlement.
L’ambassadeur a précisé que Bakou et Ankara progressaient « étape par étape », la principale préoccupation de l’Azerbaïdjan étant les formulations contenues dans la constitution arménienne.
« Après les élections du 7 juin, ils modifieront leur constitution et organiseront un référendum », a-t-il ajouté.
« Une fois ces revendications territoriales supprimées, l’accord de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, paraphé aux États-Unis, sera signé. Ensuite, les frontières entre l’Arménie et la Turquie, ainsi qu’entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, seront rouvertes. »
La Turquie avait fermé sa frontière avec l’Arménie en 1993 pour soutenir l’Azerbaïdjan pendant la première guerre du Haut-Karabakh.
Bien qu’Ankara et Erevan aient relancé un processus de normalisation après le conflit de 2020, la Turquie conditionne toute avancée à un accord de paix définitif entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.
La récente dynamique des contacts turco-arméniens coïncide avec des progrès – mais pas encore un accord final – entre Erevan et Bakou. Les deux pays ont paraphé un texte lors d’un sommet à Washington en août 2025, sans signature formelle à ce jour.
Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan avait annoncé en novembre que la Turquie rouvrirait ses postes-frontières avec l’Arménie après la signature d’un tel accord.
Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian s’est engagé à réformer la constitution, mais un référendum n’interviendra probablement qu’après les élections de juin.
Des « petits pas » vers la normalisation
Interrogé sur le début des échanges commerciaux directs entre la Turquie et l’Arménie, Mammadov y a vu une étape progressive du rapprochement.
« Nous avançons par petits pas, et l’Azerbaïdjan aussi », a-t-il expliqué, précisant que Bakou avait également initié des échanges avec l’Arménie et contribuait désormais à sa sécurité énergétique via des livraisons de pétrole.
Le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Öncü Keçeli, a confirmé la semaine dernière l’achèvement des préparatifs bureaucratiques pour le commerce direct, qualifiant cette mesure de « geste de confiance » dans le cadre du processus engagé en 2022.
Mammadov a aussi évoqué le transit de blé arménien et d’autres produits via le territoire azerbaïdjanais depuis la Russie et le Kazakhstan.
« Nous leur disons qu’avec la paix, leur sécurité s’améliorera. La Turquie agit elle aussi avec prudence », a-t-il souligné.
Accélération des contacts turco-arméniens
Ces déclarations surviennent dans un contexte d’intensification des échanges diplomatiques entre Ankara et Erevan.
Le vice-président turc Cevdet Yılmaz s’est entretenu avec Nikol Pachinian le 4 mai à Erevan, marquant la visite la plus haute d’un responsable turc en Arménie depuis celle du président Abdullah Gül en 2008 pendant la « diplomatie du football ».
Yılmaz, représentant le président Recep Tayyip Erdoğan au sommet de la Communauté politique européenne, a qualifié cette rencontre de « complète et productive », évoquant des discussions sur les transports, l’énergie et les infrastructures numériques.
Il s’est félicité des « progrès concrets », notamment un mémorandum pour la restauration conjointe du pont d’Ani, vestige médiéval symbolisant les liens historiques entre l’Anatolie et le Caucase.
Ankara et Erevan avaient nommé des envoyés spéciaux en 2022, tenant cinq rounds de discussions dont le dernier en juillet 2024 au poste-frontière d’Alican.
Les deux pays ont convenu de mesures de confiance comme la reprise des vols directs et l’ouverture partielle de la frontière aux ressortissants tiers, bien qu’elle reste fermée.
Des pourparlers sont également en cours pour rouvrir la ligne ferroviaire Kars-Gyumri, inactive depuis 1993.
Des interrogations sur le rôle de Bakou
Les propos de Mammadov ont suscité des critiques, certains observateurs y voyant une ingérence inhabituelle dans la politique frontalière turque.
Gönül Tol, directrice du programme Turquie au Middle East Institute (MEI), a tweeté que des diplomates turcs se plaignaient depuis des années des « exigences » azerbaïdjanaises, mais qu’une déclaration publique sur les conditions d’ouverture de la frontière marquait « un nouveau niveau » d’influence.
Azerbaijan’s ambassador to Ankara says Turkey-Armenia border will open after Armenia’s June elections, once constitutional amendments are made.
Over the years, I’ve increasingly heard Turkish diplomats complain about how “difficult” Azerbaijan is and how much it tries to dictate…
— Gönül Tol (@gonultol) May 19, 2026
La Turquie et l’Azerbaïdjan entretiennent une alliance étroite, souvent décrite comme « une nation, deux États » en référence à leurs affinités ethniques, linguistiques et politiques.
Ce partenariat s’est renforcé après la victoire azerbaïdjanaise en 2020, Ankara ayant soutenu Bakou durant la guerre, aboutissant à l’accord stratégique de Chouchi en 2021.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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