L’Allemagne soutient un rapprochement entre l’UE et la Turquie alors que Berlin et Ankara relancent leur dialogue stratégique
L’Allemagne a exprimé son soutien à un rapprochement entre la Turquie et l’Union européenne alors que les ministres des Affaires étrangères des deux pays se rencontraient à Berlin pour la troisième réunion d’un mécanisme de dialogue stratégique relancé lundi, selon l’agence de presse publique Anadolu et les médias allemands.
S’exprimant lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, Johann Wadephul a salué l’engagement déclaré du gouvernement turc en faveur de l’adhésion à l’UE tout en soulignant qu’Ankara devrait satisfaire à tous les critères d’adhésion.
« Si la Turquie veut avancer vers l’Union européenne, alors elle trouvera en l’Allemagne un partenaire amical et fiable », a déclaré Wadephul.
Les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE, officiellement lancées en 2005, sont effectivement gelées depuis des années en raison de préoccupations concernant l’État de droit, les droits fondamentaux, l’indépendance judiciaire et le recul démocratique.
Malgré ce processus bloqué, Ankara a répété à plusieurs reprises que l’adhésion pleine et entière restait un objectif stratégique.
Bakanımız @HakanFidan, Almanya Federal Dışişleri Bakanı Johann Wadephul ile Berlin’de biraraya geldi. pic.twitter.com/CyniYZpsa9
— T.C. Dışişleri Bakanlığı (@TC_Disisleri) May 18, 2026
Cette rencontre à Berlin intervient alors que l’Allemagne considère de plus en plus la Turquie non seulement comme un allié majeur de l’OTAN, mais aussi comme un partenaire clé dans la politique de sécurité et industrielle européenne, particulièrement dans le contexte de la guerre russe en Ukraine et des conflits persistants au Moyen-Orient.
Wadephul a décrit la Turquie comme un allié important de l’OTAN et un partenaire commercial significatif de l’UE, affirmant qu’Ankara devrait être prise en compte alors que le bloc élargit sa politique de défense et industrielle.
Les relations UE-Turquie au cœur des discussions
Wadephul a déclaré que l’Allemagne considérait comme souhaitable un élargissement ultérieur de la relation stratégique entre la Turquie et l’UE, soulignant particulièrement la modernisation de l’union douanière UE-Turquie.
En vigueur depuis 1995, cette union douanière couvre principalement les biens industriels et les produits agricoles transformés, tandis que la Turquie demande son extension à des domaines comme les services, l’agriculture et les marchés publics.
De son côté, Hakan Fidan a soulevé la question de la libéralisation des visas, une demande de longue date d’Ankara.
La Turquie et l’UE ont lancé un dialogue sur la libéralisation des visas fin 2013, mais les citoyens turcs ont toujours besoin de visas pour les séjours de courte durée dans l’espace Schengen car Ankara n’a pas rempli tous les critères requis, notamment des modifications de sa législation antiterroriste.
Selon des sources du ministère turc des Affaires étrangères citées par Anadolu, des groupes de travail sur les relations bilatérales, les relations Turquie-UE, la sécurité et la défense ainsi que les questions régionales devaient se réunir en marge des discussions de Berlin et remettre leurs rapports aux deux ministres.
Dialogue stratégique relancé après des années de tensions
Cette visite s’inscrivait dans le cadre du Mécanisme de dialogue stratégique Allemagne-Turquie, lancé pour la première fois en 2013 pour structurer les relations bilatérales, approfondir la coopération stratégique et soutenir le processus d’adhésion d’Ankara à l’UE.
Une réunion dans le cadre de ce mécanisme n’avait eu lieu que deux fois avant d’être effectivement gelée après la deuxième rencontre à Istanbul en 2014, alors que les relations entre les deux pays se détérioraient en raison d’une série de différends politiques.
Les liens s’étaient particulièrement tendus après le coup d’État avorté en Turquie en 2016, l’opération militaire turque dans le nord de la Syrie en 2019 et l’escalade des différends de souveraineté en Méditerranée orientale en 2020 et 2021.
La décision de relancer ce format avait été prise lors de la visite officielle du chancelier allemand Friedrich Merz à Ankara l’année dernière, lorsqu’il s’était accordé avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan pour reprendre le « dialogue stratégique des ministres des Affaires étrangères ».
Coopération sécuritaire et rôle de l’OTAN
Les discussions de Berlin ont également eu lieu dans un contexte de préoccupations croissantes en matière de sécurité en Europe et au Moyen-Orient.
L’Allemagne a annoncé qu’elle déploierait temporairement un système de défense aérienne Patriot en Turquie pour soutenir la défense aérienne de l’OTAN sur son flanc sud-est.
Le ministère allemand de la Défense a indiqué qu’une unité de tir Patriot et 150 soldats basés à Husum, une ville du nord de l’Allemagne, seraient envoyés en Turquie fin juin, leur déploiement devant durer jusqu’en septembre.
« L’Allemagne assume davantage de responsabilités au sein de l’OTAN », a déclaré Pistorius. « Le travail étroit que nos soldats mènent avec nos partenaires turcs et américains montre à quel point nous coopérons de manière fiable avec nos alliés. »
Le Patriot est un système de défense aérienne mobile fabriqué aux États-Unis conçu pour intercepter les missiles balistiques tactiques, les missiles de croisière volant à basse altitude et les aéronefs.
L’unité américaine avait été déplacée pour renforcer les défenses turques en réponse aux attaques de roquettes iraniennes qui ont touché les alliés américains dans la région après que les États-Unis et Israël ont lancé leur guerre contre Téhéran fin février.
Les forces de l’OTAN ont abattu des missiles balistiques iraniens au-dessus de la Turquie au moins trois fois depuis le début de la guerre.
L’Allemagne avait déjà déployé des systèmes Patriot en Turquie entre 2013 et 2015 pour aider à protéger l’espace aérien à la frontière avec la Syrie.
Un système Patriot déployable comprend jusqu’à huit lanceurs ainsi qu’une unité radar et un poste de contrôle de tir, a précisé le ministère de la Défense.




