La Turquie prévoit une zone tampon en Iran en cas d’effondrement du régime de Téhéran : rapport
La Turquie élabore des plans pour empêcher les passages à sa frontière avec l’Iran si le gouvernement de Téhéran s’effondre après une éventuelle action militaire américaine, a rapporté mardi le site d’information Middle East Eye.
Selon le rapport, des hauts responsables du ministère turc des Affaires étrangères ont informé des députés lors d’une réunion à huis clos au parlement jeudi concernant des scénarios potentiels impliquant l’Iran. Le média cite deux participants à ce briefing.
Un participant a déclaré à Middle East Eye que les responsables ont utilisé le terme « zone tampon » pour décrire leur intention de prévenir une vague de réfugiés en maintenant les populations du côté iranien de la frontière. Un deuxième participant a indiqué que l’expression n’avait pas été explicitement employée, mais que les officiels avaient exprimé leur volonté de dépasser les mesures habituelles pour contenir les populations en Iran.
La Turquie partage une longue frontière terrestre avec l’Iran dans les provinces orientales accidentées d’Ağrı, Iğdır, Van et Hakkari, une zone utilisée depuis des années par des passeurs et des migrants tentant de rejoindre la Turquie et, dans certains cas, de continuer vers l’Europe.
Le ministère turc de la Défense a déclaré avoir renforcé la sécurité le long de la frontière iranienne avec un système de murs, de tours de surveillance et de fossés de patrouille, décrivant cet effort comme une barrière physique high-tech surveillée 24h/24.
Les responsables du ministère ont cité des mesures incluant 203 tours électro-optiques, 43 tours équipées d’ascenseurs, un mur modulaire en béton de 380 kilomètres et 553 kilomètres de fossés défensifs.
Ces développements interviennent alors que Washington renforce ses dispositifs militaires dans la région face aux troubles en Iran et aux menaces du président Donald Trump d’une possible intervention américaine. Des responsables américains ont indiqué que le porte-avions USS Abraham Lincoln avait pénétré dans les eaux du Moyen-Orient lundi.
Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a déclaré plus tôt ce mois-ci que la Turquie s’opposait à toute intervention militaire en Iran et que la priorité d’Ankara était d’éviter une déstabilisation.
Le briefing à huis clos aurait également mentionné qu’environ 4 000 Iraniens avaient été tués et 20 000 blessés lors des manifestations début septembre. Ces troubles, déclenchés par l’inflation et la dépréciation monétaire, ont conduit les autorités iraniennes à imposer une coupure internet et à réprimer violemment les manifestations.
Les plans turcs reflètent les pressions intérieures sur les questions migratoires après des années d’accueil de la plus grande population réfugiée au monde, principalement en raison de la guerre en Syrie.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés indique que la Turquie accueille environ 2,3 millions de Syriens sous protection temporaire, ainsi que d’autres réfugiés et demandeurs d’asile venant notamment d’Irak et d’Afghanistan.
Ankara n’entend plus suivre une politique de « porte ouverte » face à une nouvelle vague de réfugiés en provenance d’un pays voisin, et les responsables turcs n’accepteront vraisemblablement pas d’importants afflux en provenance d’Iran, sauf cas d’urgence.
Le rapport souligne qu’un facteur compliquant est la présence d’une importante population azérie en Iran et les interrogations sur la réaction turque si des membres de cette communauté arrivaient en masse à la frontière.
La Turquie permet aux Iraniens d’entrer sans visa pour de courts séjours, une politique qui a stimulé les échanges commerciaux et le tourisme mais rend également la gestion frontalière délicate en période de crise.
Fidan a mis en garde ces dernières semaines contre le risque qu’un nouveau conflit autour de l’Iran ne déstabilise la région via des chocs sécuritaires, des perturbations économiques et des pressions migratoires.




