La Turquie plane sur la voie chypriote vers l’OTAN alors que Nicosia relance sa candidature
Chypre a relancé ses préparatifs en vue d’une éventuelle adhésion à l’OTAN après que des attaques de drones liées à la guerre en Iran ont accru les craintes sécuritaires sur l’île, mais toute candidature se heurterait au veto turc puisque l’alliance n’admet de nouveaux membres que par consentement unanime.
Le président chypriote Nikos Christodoulides a déclaré dans une interview diffusée jeudi que son pays présenterait sa candidature à l’OTAN « demain » s’il le pouvait, mais a ajouté que les conditions politiques actuelles, notamment la position de la Turquie, rendaient cela impossible pour l’instant. Il a précisé que des préparatifs étaient en cours aux niveaux militaire, opérationnel et administratif.
Le gouvernement turc qualifie souvent la République de Chypre d' »Administration chypriote grecque du Sud de Chypre », une appellation qu’aucun autre gouvernement n’utilise puisqu’ils considèrent la République de Chypre comme le seul gouvernement internationalement reconnu de l’île.
L’île est divisée depuis 1974, lorsque la Turquie a envoyé des troupes après un coup d’État soutenu par la junte militaire grecque. Une zone tampon sous l’égide de l’ONU sépare le nord chypriote turc du sud chypriote grec.
Cette relance est intervenue quelques jours après une attaque de drone sur la base aérienne britannique d’Akrotiri à Chypre, un incident qui a accru les craintes sur l’île d’être entraînée plus profondément dans le conflit régional. Reuters a rapporté que cette attaque a aussi relancé le débat à Chypre sur la présence militaire britannique.
La Turquie a déjà clairement fait savoir qu’elle s’opposait à une telle initiative. Dans une déclaration de novembre 2024 reprise par les médias turcs et chypriotes, des sources du ministère turc de la Défense ont affirmé que même les efforts de l’administration chypriote grecque pour obtenir l’adhésion à l’OTAN étaient « inacceptables » pour la Turquie et perturberaient l’équilibre dans le différend chypriote tout en nuisant aux pourparlers de règlement.
Cette position est cruciale car l’OTAN précise qu’une invitation à rejoindre l’alliance n’est accordée que par consentement unanime des membres existants. La Turquie, membre de l’OTAN, ne reconnaît pas l’administration chypriote grecque comme représentant l’ensemble de l’île et est le seul pays à reconnaître le nord sécessionniste.
Chypre avait déjà manifesté son intérêt pour rejoindre l’alliance auparavant. En novembre 2024, Christodoulides avait déclaré que le pays pourrait demander son adhésion à l’OTAN une fois les conditions réunies et après que ses forces armées se seraient rapprochées des standards de l’alliance avec le soutien des États-Unis.
Ce dernier débat survient alors que les pays européens ont pris des mesures pour renforcer Chypre après l’attaque d’Akrotiri. Les responsables britanniques ont discuté d’un soutien en défense aérienne avec Chypre et annoncé l’envoi d’hélicoptères Wildcat équipés contre les drones ainsi que du navire de guerre HMS Dragon, bien que les médias britanniques aient ensuite signalé des retards dans son déploiement.
Pour Ankara, une candidature chypriote à l’OTAN ouvrirait un nouveau différend à un moment où la guerre en Iran a déjà poussé la Turquie et d’autres pays de la région à relever leur niveau d’alerte militaire et à revoir leur posture sécuritaire. Cela fait de la nouvelle initiative chypriote moins un plan d’adhésion à court terme qu’un signal politique à destination de ses partenaires, la Turquie détenant toujours le vote décisif.




