La Turquie exhorte l’OTAN à réinitialiser les liens avec les États-Unis et à se préparer à un rôle américain réduit avant le sommet d’Ankara
La Turquie a exhorté les alliés de l’OTAN à profiter du prochain sommet à Ankara pour réinitialiser les relations avec les États-Unis et anticiper un possible retrait américain de l’alliance, selon le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan.
Le sommet des dirigeants de l’OTAN est prévu les 7 et 8 juillet à Ankara.
Fidan, s’exprimant lundi auprès de l’agence étatique Anadolu, a déclaré que ce sommet devrait permettre d’établir un cadre plus prévisible pour les relations avec le président américain Donald Trump, dont les critiques répétées envers l’OTAN inquiètent les alliés.
« L’architecture de sécurité transatlantique a été mise à rude épreuve cette dernière année », a-t-il souligné, évoquant les tensions croissantes entre les États-Unis et l’Europe.
Les dissensions au sein de l’OTAN se sont accentuées ces dernières années sur les budgets militaires et les priorités géopolitiques, notamment concernant la guerre en Ukraine et l’offensive américano-israélienne contre l’Iran.
Fidan a qualifié la guerre en Ukraine, déclenchée par la Russie en février 2022, de plus grande fracture transatlantique, révélant selon lui un fossé entre Washington et ses alliés européens.
Il a noté que si les États-Unis ont initialement coordonné le soutien à l’Ukraine, la position de Trump marque un virage vers un désengagement progressif, reportant le fardeau sur les autres membres.
Le ministre turc a également pointé les divergences sur l’Iran comme source de tensions, certains pays européens refusant de participer aux opérations militaires américaines.
L’offensive américano-israélienne contre l’Iran a débuté le 28 février par des frappes aériennes massives ciblant des sites militaires et gouvernementaux iraniens, provoquant des représailles de Téhéran contre Israël et des bases américaines au Moyen-Orient.
Trump, critique de longue date de l’OTAN, a menacé la semaine dernière de retirer les États-Unis de l’alliance après le refus européen d’envoyer des navires pour débloquer le détroit d’Ormuz.
Début juin, plus de 40 pays ont rejoint une coalition visant à sécuriser ce passage stratégique pour les approvisionnements énergétiques mondiaux, une fois la phase aiguë du conflit terminée.
Le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Finlande, la Norvège, la France et l’Espagne avaient initialement refusé d’envoyer des troupes, arguant de leur non-participation à une opération offensive.
Trump exige cependant un plan sous quelques jours, malgré l’instabilité persistante.
Selon Fidan, de nombreux pays européens envisagent désormais de garantir leur sécurité avec moins de dépendance envers Washington.
« D’autres réalisent qu’ils doivent préparer une architecture de sécurité européenne sans les États-Unis », a-t-il affirmé, plaidant pour une transition ordonnée au sein de l’OTAN.
Le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte a reconnu les frustrations américaines sur le partage des efforts, tout en soulignant l’engagement européen.
Fidan a qualifié le sommet d’Ankara de potentiellement « historique », offrant l’occasion d’aplanir les incertitudes et d’éviter un vide sécuritaire.
Il a indiqué que la Turquie s’attend à la présence de Trump, invité par le président Recep Tayyip Erdoğan en raison de son « respect personnel » pour le dirigeant turc, malgré la réticence habituelle du président américain.
Washington envisagerait par ailleurs de réduire ses effectifs militaires en Europe, reflétant un débat plus large sur son rôle au sein de l’OTAN.
Ankara, membre historique de l’alliance, se dit prête à jouer un rôle accru dans la sécurité européenne, mettant en avant sa position stratégique et ses capacités militaires.




