La Turquie exclue alors que l’UE séduit ses partenaires du Moyen-Orient lors du sommet à Chypre
La Turquie a été exclue d’un sommet informel qui s’est terminé vendredi à Chypre, où les dirigeants européens ont courtisé des partenaires moyen-orientaux pour des discussions sur l’Iran, la sécurité régionale, la défense, l’énergie et la sécurité maritime.
Le sommet, tenu les 23 et 24 avril à Nicosie et Agia Napa, a réuni des dirigeants de l’UE et des représentants de l’Égypte, de la Jordanie, du Liban, de la Syrie et du Conseil de coopération du Golfe pour aborder les questions du Moyen-Orient, du conflit impliquant l’Iran, de la liberté de navigation, des prix de l’énergie et de l’architecture de défense européenne.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan n’a pas participé. Un responsable européen a confié à Euractiv qu’Erdoğan n’avait pas été invité, bien que les déclarations de l’UE sur le sommet n’aient pas publiquement évoqué son absence comme un point de discussion.
Cette absence a suscité des critiques de la part de journalistes, analystes et commentateurs, estimant que l’UE avait commis une erreur stratégique en discutant du Moyen-Orient et de l’Iran sans la Turquie, membre de l’OTAN voisin de la Syrie, de l’Irak et de l’Iran, et dotée d’une influence à travers la mer Noire, la Méditerranée orientale et le Caucase.
Les critiques ont également pointé le lieu du sommet. Chypre, État membre de l’UE, est divisée depuis 1974, lorsque la Turquie est intervenue militairement après un coup d’État de partisans de l’union avec la Grèce. La Turquie ne reconnaît que la République turque de Chypre du Nord (KKTC), non reconnue internationalement, et ne reconnaît pas la République de Chypre.
Cette situation rendait politiquement difficile, voire impossible, la participation d’Erdoğan à un sommet européen organisé par le gouvernement chypriote. Les partisans de l’approche européenne ont affirmé que l’exclusion de la Turquie reflétait le différend chypriote non résolu plutôt qu’un simple affront diplomatique.
La polémique survient quelques jours après que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a mis en garde contre une Europe sous « l’influence russe, turque ou chinoise », une remarque ayant provoqué l’indignation des officiels et commentateurs turcs, qui y ont vu une assimilation de la Turquie – candidate à l’UE et membre de l’OTAN – à des rivaux stratégiques.
Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a qualifié ces propos de « malheureux », tout en précisant que le sujet avait été abordé via des contacts avec des responsables européens. Ankara n’a pas semblé émettre de protestation publique directe concernant l’absence d’Erdoğan au sommet chypriote.
Ce débat met en lumière une contradiction récurrente dans les relations UE-Turquie. Bruxelles dépend d’Ankara dans des domaines allant des migrations à l’énergie, en passant par la sécurité de l’OTAN et la diplomatie régionale, tandis que les liens politiques restent tendus en raison du différend chypriote, du recul démocratique en Turquie, des revendications maritimes en Méditerranée orientale et de l’impasse du processus d’adhésion à l’UE.




