La Turquie envisage un corridor Europe-Golfe via un accord ferroviaire avec la Syrie et la Jordanie
La Turquie, la Syrie et la Jordanie ont convenu de moderniser leurs réseaux ferroviaires dans le but de créer un corridor de transport reliant l’Europe du Sud au golfe Persique d’ici quatre à cinq ans, selon un rapport de Bloomberg publié jeudi, citant le ministre turc des Transports et des Infrastructures Abdulkadir Uraloğlu.
Uraloğlu a déclaré avoir conclu cet accord avec ses homologues syrien et jordanien lors d’une réunion la semaine dernière.
Le projet connecterait le réseau ferroviaire turc à ceux de la Syrie et de la Jordanie, puis à celui de l’Arabie saoudite, créant ainsi une voie commerciale nord-sud entre l’Europe, le Levant et le Golfe.
Le ministre n’a pas fourni de détails sur le financement du projet, précisant uniquement que les discussions étaient en cours.
Le plan inclut également des améliorations des routes menant à la Turquie, bien que l’ampleur de ces travaux n’ait pas été finalisée, selon Bloomberg.
Cet accord marque une avancée concrète vers la restauration des liaisons régionales après plus d’une décennie de guerre en Syrie, qui avait coupé les connexions ferroviaires et routières entre la Turquie et une grande partie du monde arabe.
Avant le début de la guerre civile syrienne en 2011, la Turquie utilisait les routes traversant la Syrie pour atteindre les marchés jordaniens, libanais et du Golfe, mais le conflit a contraint Ankara à se tourner vers des alternatives maritimes et terrestres plus coûteuses.
Ce nouveau projet ravive également l’idée d’une version moderne du chemin de fer du Hedjaz, une ligne de l’ère ottomane construite sous le sultan Abdulhamid II et ouverte en 1908 pour relier Damas à Médine via l’actuelle Jordanie. Ce réseau historique était destiné aux pèlerins musulmans se rendant dans les villes saintes et visait à renforcer le contrôle ottoman sur les provinces arabes. Il réduisait le trajet de Damas à Médine d’environ 40 jours par caravane à 5 jours en train, mais fut endommagé pendant la Première Guerre mondiale avant de tomber en désuétude.
La Turquie présente ce projet ferroviaire à la fois comme un vecteur commercial et un symbole de reconnexion régionale après le changement de gouvernement en Syrie fin 2024.
Ce plan intervient alors qu’Ankara cherche à jouer un rôle accru dans les corridors commerciaux régionaux, dans un contexte où les perturbations maritimes dues à la guerre en Iran et aux chocs énergétiques qui en découlent ont accru l’intérêt pour les routes terrestres reliant l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie. La Turquie promeut également son projet « Route du Développement » avec l’Irak, un corridor routier et ferroviaire prévu du golfe Persique vers l’Europe via la Turquie.
Une route fonctionnelle via la Syrie et la Jordanie offrirait à Ankara un nouvel accès au Golfe et pourrait soutenir la reconstruction et les échanges en Syrie si les conditions de sécurité et de financement le permettent.
La Jordanie travaille également à l’expansion de ses liaisons ferroviaires, signant cette semaine un accord de 2,3 milliards de dollars avec les Émirats arabes unis pour une ligne reliant le port d’Aqaba sur la mer Rouge aux zones minières du sud du pays. Les responsables jordaniens présentent ce projet comme partie intégrante d’un plan plus vaste visant à connecter Aqaba à la Méditerranée via la Syrie et la Turquie, tout en renforçant les liens avec l’Arabie saoudite et le Golfe.
Le succès du projet turco-syro-jordanien dépendra du financement, des conditions de sécurité en Syrie et de la coordination entre des pays dont les réseaux ferroviaires ont souffert de décennies de négligence, de guerre et de sous-investissement.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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