La Turquie enregistre la plus forte hausse d’émissions parmi les grands pollueurs avant la COP31
Les points importants
- Hausse record : les émissions turques ont grimpé de 4,2 % en 2025, le taux le plus élevé parmi les 16 grands émetteurs mondiaux.
- Dépendance au charbon : le charbon représente 33,6 % de la production électrique, et l'expansion du complexe d'Afşin-Elbistan suscite de vives critiques.
- COP31 sous pression : les groupes climatiques exigent des objectifs plus ambitieux et un calendrier de sortie du charbon avant le sommet d'Antalya.
La Turquie a enregistré la plus forte augmentation en pourcentage des émissions de gaz à effet de serre parmi les grands émetteurs mondiaux en 2025, selon de nouvelles données de la Commission européenne publiées alors que le pays s’apprête à accueillir le sommet climatique COP31 plus tard cette année.
Le Centre commun de recherche (JRC) de la Commission européenne a rapporté que les émissions de la Turquie ont augmenté de 4,2 pour cent, le taux le plus élevé parmi 16 grands émetteurs, chacun étant responsable de plus de 1 pour cent des émissions mondiales.
La base de données associée sur les émissions pour la recherche atmosphérique globale (EDGAR) estime les émissions totales de la Turquie à 610,8 millions de tonnes métriques d’équivalent dioxyde de carbone en 2025, représentant environ 1,1 pour cent du total mondial.
Les émissions mondiales, excluant celles liées à l’utilisation des terres, au changement d’affectation des terres et à la foresterie, ont augmenté de 0,7 pour cent pour atteindre un record de 54,1 milliards de tonnes métriques.
L’augmentation en pourcentage de la Turquie a dépassé celles enregistrées par les États-Unis, à 2,2 pour cent, et la Chine, à 0,1 pour cent. Les États-Unis ont néanmoins enregistré la plus forte augmentation en volume absolu au monde, car leurs émissions totales sont nettement plus élevées.
Six des 16 grands émetteurs ont réduit leurs émissions en 2025. L’Australie a enregistré une baisse de 1,3 pour cent, tandis que les émissions de l’Union européenne et de l’Inde ont chacune chuté de 0,2 pour cent.
Les émissions par habitant en Turquie ont atteint 7,1 tonnes métriques, dépassant la moyenne mondiale de 6,6 tonnes, selon le rapport, préparé par le JRC en coopération avec l’Agence internationale de l’énergie.
La plus forte augmentation en pourcentage parmi les secteurs économiques turcs a été enregistrée dans les bâtiments, où les émissions ont grimpé de 8 pour cent. Les émissions de l’industrie électrique ont augmenté de 5 pour cent, tandis que celles de la combustion industrielle et des procédés, ainsi que des transports, ont chacune augmenté d’environ 4 pour cent.
Les chiffres indiquent également une forte hausse à long terme. Les émissions de la Turquie sont passées de près de 226 millions de tonnes métriques en 1990 à 610,8 millions en 2025, soit une augmentation d’environ 170 pour cent.
Bien que la quantité de gaz à effet de serre émise par unité de production économique ait diminué depuis 1990, elle a augmenté de 0,5 pour cent en 2025. Les émissions totales ont également crû plus rapidement que l’expansion économique estimée de la Turquie, à 3,6 pour cent cette année-là.
Ces résultats ont relancé l’examen minutieux de la dépendance de la Turquie au charbon, alors qu’elle cherche à se présenter comme un leader climatique. Le charbon a représenté 33,6 pour cent des ressources utilisées pour produire de l’électricité en Turquie en 2025, selon les données officielles.
Les groupes environnementaux ont particulièrement critiqué les efforts du gouvernement pour étendre le complexe de centrales à charbon d’Afşin-Elbistan dans la province méridionale de Kahramanmaraş, l’une des plus grandes installations énergétiques à base de lignite du pays.
Un tribunal administratif turc a annulé en juillet l’approbation environnementale pour deux unités supplémentaires à la centrale A d’Afşin-Elbistan, jugeant que l’évaluation n’avait pas suffisamment pris en compte les risques pour la santé publique, les terres agricoles, les ressources en eau et l’écosystème environnant.
Cette décision a bloqué, au moins temporairement, une expansion prévue de 688 mégawatts qui aurait porté la capacité installée de la centrale de 1 355 à 2 043 mégawatts. Les militants écologistes ont exhorté le gouvernement à abandonner les nouveaux projets de charbon et à publier un calendrier pour une sortie équitable de ce combustible.
Le débat intervient avant la COP31, qui se tiendra dans la ville méridionale turque d’Antalya du 9 au 20 novembre. La Turquie et l’Australie travaillent en partenariat sur les préparatifs et la direction de la conférence.
La Turquie s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2053. Sa dernière contribution déterminée au niveau national vise à limiter les émissions nettes de gaz à effet de serre à 643 millions de tonnes métriques d’ici 2035, représentant une réduction par rapport à un niveau projeté de statu quo plutôt que par rapport aux émissions actuelles.
Les groupes climatiques ont critiqué cette approche, arguant qu’elle permet aux émissions de continuer à augmenter.
Climate Network Turkey, une coalition de 16 organisations de la société civile travaillant sur les questions climatiques, a déclaré qu’un leadership crédible à la COP31 exigerait des objectifs de réduction plus ambitieux, un calendrier clair pour l’élimination progressive du charbon et la fin du soutien gouvernemental aux combustibles fossiles.



