La Turquie dénonce la carte de pêche grecque, accusant Athènes de dépasser ses droits en Égée et Méditerranée
La Turquie a accusé mardi la Grèce de tenter d’imposer des restrictions de pêche dans les eaux contestées de la mer Égée et de la Méditerranée orientale, affirmant que les cartes publiées par une autorité grecque des pêches violent le droit international et empiètent sur les revendications maritimes turques.
Dans un communiqué, le ministère turc des Affaires étrangères a déclaré que la Grèce avait désigné certaines zones comme « zones de non-pêche » dans des eaux où Ankara affirme qu’Athènes n’a aucune juridiction. Il a également rejeté les cartes publiées sur le site web de la Direction grecque du contrôle des pêches, les qualifiant de « fictives » quant aux frontières maritimes entre les deux alliés de l’OTAN et dépourvues de validité juridique.
La Turquie a déclaré qu’elle ne reconnaîtrait pas les restrictions de pêche imposées au-delà des six milles nautiques des eaux territoriales grecques ou dans les eaux internationales, et qu’elle n’accepterait aucune mesure unilatérale affectant les pêcheurs turcs.
Cette protestation turque intervient quelques semaines après le lancement par la Grèce d’une plateforme numérique affichant en temps réel les zones de restriction de pêche actives et inactives. Cette plateforme, lancée par la Direction grecque du contrôle des pêches, vise à aider les pêcheurs professionnels et le public à suivre les zones où la pêche commerciale est restreinte, y compris les zones protégées pour les herbiers marins et les secteurs interdits aux chalutiers ou aux senneurs. L’outil est disponible sur le site officiel de la direction et doit améliorer l’application des règles halieutiques et leur accessibilité au public.
La Turquie et la Grèce s’affrontent depuis des décennies sur les frontières maritimes, l’espace aérien, les droits miniers en Égée et Méditerranée orientale, ainsi que sur la question de l’île divisée de Chypre. Bien que les deux parties aient œuvré ces dernières années à éviter l’escalade des tensions, la cartographie maritime reste l’un des points les plus sensibles de leurs relations.
Ce dernier différend survient moins d’un an après un autre épisode conflictuel concernant des cartes maritimes. En avril 2025, la Grèce avait soumis à l’Union européenne un plan d’aménagement de l’espace maritime définissant les zones d’activités telles que la pêche, le tourisme, le transport maritime, l’aquaculture et l’énergie offshore. Athènes avait alors précisé que ce plan ne définissait pas de zones économiques exclusives – qui requièrent des accords bilatéraux – mais la Turquie avait ensuite publié sa propre carte, provoquant les protestations grecques qui y voyaient une tentative de revendiquer des zones sous juridiction grecque.
La Turquie s’est également référée à la Déclaration d’Athènes sur les relations d’amitié et de bon voisinage, signée en décembre 2023 par le président Recep Tayyip Erdoğan et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis. Ce document engage les deux parties à maintenir des consultations constructives, à éviter actes ou déclarations pouvant nuire à son esprit, et à résoudre les différends par des négociations directes ou d’autres moyens pacifiques conformes à la Charte des Nations unies. La déclaration précise toutefois qu’elle ne crée aucun droit ou obligation juridique en droit international.
Ce qui laisse ample marge pour la persistance des différends, même si les deux gouvernements affichent publiquement leur attachement au dialogue. Dans son communiqué de mardi, la Turquie a réaffirmé son engagement à résoudre les problèmes par le « droit international, l’équité et le bon voisinage », mais a clairement indiqué qu’elle n’accepterait pas les restrictions unilatérales grecques sur ce qu’elle qualifie d’activités légales et historiques des pêcheurs turcs.




